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Du baroque à donf au collège Jean-Zay !

La Revue Eclair décode Casanova

« Dylan, est ce que tu te rends compte que tu as tendance à regarder chaque fois par terre ? …. Rajah, toi tu as tendance à aller plus vite que le rythme…. ». Ce matin, devant un groupe de 8 élèves de sa classe de danse, Corine Miret veille à la cadence. Un mauvais tempo, un trajectoire déplacé, un regard qui ne croise pas celui de son partenaire… rien n’échappe à l’œil avisé de cette chorégraphe professionnelle de la Revue Eclair. Dans le cadre du projet In Situ, elle tente de transmettre son goût pour la danse aux élèves. Mais ici, au collège Jean-Zay de Bondy, il s’agit d’apprendre aux élèves bien plus que la danse. Eux, plutôt férus de danses urbaines et contemporaines, les voici transportés au XVIIIè siècle pour danser du baroque. Oui, vous avez bien lu. Il s’agit de la danse baroque que Corine pratique depuis des années.  Dans le cadre de ce projet, il s’agit de bousculer habitudes, sortir des sentiers battus et tester leur capacité à s’ouvrir à d’autres horizons par la danse. « C’est un jeu qui consiste à rentrer dans le code d’un autre temps, d’une autre époque, d’un autre siècle, et pour les élèves de cette école, il s’agit de rentrer dans les codes d’un autre pays aussi. C’est un jeu de décodage des choses. Il s’agit de donner aux élèves ces codes là et de voir ce qu’ils peuvent en faire. Ce sont des danses très compliquées, avoue Corine.

Corine Miret

Chaque pas, chaque mouvement, n’échappe à l’œil avisé de Corine Miret (Crédit Photo : Léon Kharomon)

 

Filles et garçons, du même pied

….Et la répétition reprend sur fond de musique. Le début n’est pas rapide, après il s’accélère…. Une fois de plus, deux élèves regardent par terre, alors qu’ils doivent se regarder pour montrer que l’un danse pour l’autre. « Concentrez- vous, il ne nous reste qu’une semaine pour finir cette phase, leur rappelle Corine. On ne se reverra qu’au mois de mai ». On danse avec son partenaire, fille et garçon. Tous sur le pied droit pour commencer et on y va doucement. Avec la danse baroque ; il y a des codes très précis. Il y a le trajet, le rapport au partenaire, le rapport à la musique,  le rapport à l’espace, le rapport à son propre corps…beaucoup d’éléments complexes qu’il faut travailler en même temps. Les élèves vont établir eux-mêmes des passerelles. Par des choses qui ont un lien avec le 18è siècle, mais pas forcément. La « présentation de soi » dont s’occupe Stéphane Olry, n’est pas en lien avec le 18ème.  Le piano « non pareil » avec son capot démonté et ses cordes directement accessibles aux apprentis musiciens du collège, est une trouvaille originale de Jean-Christophe Marti pour aider ses élèves à jouer de cet instrument sans passer par le solfège.  En fait tout le projet de la Revue Eclair consiste à trouver des codes pour  jouer avec dans la société. Casanova est un personnage qui connaissait particulièrement les codes de la société au 18ème. Dans ce projet, c’est intéressant de voir comment ils font  un va et vient entre les codes du 18ème siècle et les codes actuels. Le projet de cette résidence  se décline finalement en plusieurs pièces d’un puzzle qui touchent à la fois au 18ème siècle et à l’époque actuelle et surtout aux codes qu’on se donne et qu’on se permet de suivre ou de ne pas suivre en connaissance de cause. C’est l’idée du jeu : Trouver les codes d’une société et en jouer. Quand on arrive dans une société dont on ne connait pas les codes, c’est très difficile. C’est la plus grande difficulté. Dans tous les milieux, il y a des codes qu’il faut savoir décoder pour bien s’intégrer.

C’est vrai que les codes ont changé, mais on peut aussi, en décodant les codes d’autres pays et d’autre époque, comprendre les nôtres. Nos codes, «on ne les décode plus , parce qu’on est dedans en permanence ». On s’en rend compte souvent quand on est à l’étranger.

De la Bastille à l’Echangeur

Parfois, il faut aller ailleurs pour mieux comprendre ce que l’on fait ici.  L’autre sert parfois de miroir, mais souvent de révélateur de ce qu’on fait inconsciemment. Dans ce jeu de code et de décodage, la Revue Eclair a accompagné  les élèves à l’opéra Bastille, à la Comédie française et au théâtre de l’Echangeur à Bagnolet. Les élèves se sont aperçus qu’effectivement, selon les endroits visités, les codes sont différents. A  l’Opéra Bastille, on est placé selon les prix de la place, tandis qu’à l’Echangeur, le choix de la place est libre. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de code. «C’est ce jeu de la codification de la société qui peut être amusant, si on le prend comme un jeu », affirme Corine.

A l’Opéra  Bastille, ils sont allés voir les « Noces de Figaro » de Mozart. C’était en octobre. Jean Christophe Marti  avait d’abord expliqué aux élèves les partitions de Mozart, les passages qui lui à cœur, où il  décode la société de l’époque, l’aristocratie et les gens du peuple. Le prof de français, Sanette Mathiot leur avait aussi décodé tout le livret de la partition. Avec Stéphane Olry, ils ont essayé de décoder le public de l’opéra, selon les prix de place, en hauteur, ou près de l’orchestre… Tout ça, les élèves ont pu le ressentir. « On partage nos goûts, nos valeurs avec les élèves. Après, ce qu’ils en feront, j’en sais rien. On partage un plaisir qui nous transforme et les  transforme ».  Ainsi, en s’ajustant, Corine Miret, Stéphane Olry et Jean-Christophe Marti  ont pu surmonter  les difficultés de premières heures de leur résidence ….. Au collège, Corine dit avoir retrouvé un milieu qu’elle n’avait plus fréquenté depuis de longues années. Ce sont aussi des codes qu’il faut savoir  décoder, ajuster,.. « On s’apprivoise en fait ». C’est normal. Ils ont travaillé sur des choses assez tenues,  sans se connaître au début. Pour plus d’efficacité et aller loin dans la finesse, ils ont divisé la classe de référence  en trois groupes : danse, musique, expression de soi.

Au mois de juin, La Revue Eclair ira travailler avec les élèves une semaine à l’Echangeur. Question de travailler hors les murs du collège et de mettre les élèves en condition pour la restitution qu’ils donneront sur place.. « Ce ne sera pas un spectacle avec un début, une fin et une dramaturgie. Ce sera des choses qu’on va travailler, comme des morceaux d’un puzzle, qui ne seront pas forcément liés. » nous prévient Corine. Ce sera au spectateur de faire le lien.

Léon KHAROMON 

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