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Entretien avec Stéphane Olry de la Revue Eclair

«J’apprends aux élèves des règles de survie sur scène»

Q : En quoi consiste le jeu de rôle entre les 3 couples d’élèves auquel j’ai assisté tout à l’heure ?

R : A se présenter soi-même, avec ce qu’on est. Moi, je travaille sur ce qu’ils ont. Pas toujours sur ce qui passe par la tête, mais aussi et surtout par le corps, le mouvement, sur l’émotion. C’est en fait un travail sur l’émotion.

Q : Que vouliez-vous faire ressortir chez élèves en les poussant toujours plus loin ?

R : C’est pour faire sortir l’émotion. Je leur dis des choses, ça les déstabilise. Du coup, il y a une émotion qui sort, et c’est à partir de la qu’on travaille.

Stéphane Olry

Q : peut-on dire qu’avec  l’émotion, on se lâche plus ?

R : C’est l’émotion qui guide ce qu’ils font, l’émotion, c’est ce qui parcourt chacun. C’est ce qui fait que hors du contrôle social on se présente soi-même, sachant que  nos émotions bougent tout le temps et nous traversent de différentes manières, même si il y a des constantes, quand je dis tel élève a de la noblesse, c’est parce qu’elle prend une certaine attitude  de hauteur. Après, à l’intérieur de ça , il y a beaucoup de choses qui se passent, qui changent, selon les spectateurs et selon les partenaires.

Q : C’est vous qui avez choisi les scénarios ?

R : Pas du tout. Moi, je ne prends que les choses qui me sont proposées.

Q : Avec ce jeu des rôles, les élèves arrivent ils à trouver quelques codes de la société ?

R : Ce n’est pas un code de maintien qu’on fait. Moi, je leur apprends à écouter et à prendre en compte un auditoire. C’est-à-dire à observer aussi comment l’émotion circule dans l’auditoire et à sauver leurs vies en public. Très simplement. C’est-à-dire à ne pas être submergé par l’émotion devant un public. Pas forcément dans une visée de maîtrise de soi,  qui consisterait  à masquer les émotions,  mais en fait à  les utiliser pour les montrer, et à dire que c’est un lieu de vulnérabilité, et que ces endroits où l’on est habituellement ridicule, où on est faible, peuvent être des endroits de force. Tout ce qui est de l’ordre du bafouillage, de l’ordre de l’échec, de l’ordre du dandinement, nous on peut l’utiliser. Quand il y en a qui réussissent à tenir trois minutes sur scène en ayant l’air de ne rien faire, ça veut dire qu’ils sont forts. Ils sont malins, ils utilisent leurs faiblesses. La scène est une violence, être en position publique, c’est  pas une position naturelle. Forcément, c’est pas pour rien que les gens commencent à bafouiller, à avoir des sueurs froides. C’est un espace dangereux. C’est comme si quand vous plongez sous l’eau, les règles ne sont pas les mêmes qu’en surface. Sur scène, les règles ne sont pas les mêmes que dans la vie courante. Moi je leur fais travailler sur des règles de scène de théâtre. Même si ça peut être du théâtre de  rue, c’est de  la prise de parole  en public .Ma préoccupation, c’est juste qu’ils soient sensibles à l’émotion qui  les parcoure en ce moment là.  Ils n’utilisent pas les regards de la même manière. Je leur fais beaucoup travailler sur la manière de dégager le regard face au public. L’univers dans lequel on est, les règles de théâtre sont assez simples, mais ce sont des règles de survie sur scène. Autrement on meurt sur scène quand on commence à emmerder le spectateur. Il faut rester en vie pour le téléspectateur.

Q : N’avez-vous pas eu des difficultés par rapport à la différence de regard selon les cultures ?

R : Oui, certains jeunes africains ont un peu du mal avec le regard. Mais, en même temps ils peuvent jouer avec. Ils le savent au moins inconsciemment. Nous, quand on les fait travailler, ça devient conscient. Moi, je ne leur demande pas tout le temps d’être face à face. Je leur demande de donner juste des indices. Anna, la Serbe, va être frontale, directe, drôle. Tandis qu’ Ismael a un  regard qui tourne beaucoup plus. Mais de temps en temps, c’est très fort quand ce regard tombe sur nous. Je lui demande simplement de ne pas s’échapper, de ne pas nous échapper, en regardant trop ailleurs, (au plafond, au murs, etc..) cela risque de lasser le spectateurs qui vont se sentir exclus. Je lui  demande de me donner juste des gages d’intérêt pour le public.  Je ne résonne pas tellement en termes de différences de culture. Ils viennent tellement d’horizons différents que ce ne serait pas possible. Je les prends où ils sont. Ce qui est important, c’est de voir d’où ils viennent, par rapport à ce qu’ils pensent être capables de faire. Et que ça génère chez eux du jeu à proprement parler, de la liberté.

Q : Comment entrevois tu la suite ?

R : La suite, elle est un peu entre nous. Le but, c’est de donner une orientation publique à leur boulot. Les petits sketches qu’on est en train de faire, le piano avec Jean-Christophe, la danse avec Corine….

Q : La représentation pour la fin de l’année prend – elle forme ?

R : Oui, il est important qu’il y ait un certain apparat dans la chose. On va le faire à l’Echangeur. Ils vont travailler pendant une semaine dans un théâtre, avec le silence nécessaire pour ce genre de création. Travailler au collège est un défi pour eux et pour nous. S’ils arrivent à surmonter les difficultés liées par exemple au bruit ici au collège, dans un théâtre, ce devrait être plus facile. Mais en même temps ce plaisir d’un endroit silencieux, où ils vont sentir qu’ils sont pris en considération, vient à la fin. On n’est pas parti pour faire des chefs-d’œuvre. Mais l’enjeu d’être sur scène est important. On est entrain d’écrire des saynètes.  J’ai dans mon groupe six saynètes pour le moment. Si chaque saynète fait trois minutes, ce sera bien. Ça porte sur la présentation de soi.

Propos recueillis par Léon KHAROMON

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novembre 19 2012 · 20:12