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Le Stradivarius de David Grimal

En entrant ce jour- là au collège Joliot-Curie, David Grimal s’est rappelé du sien, à Thiais, dans le 94, en banlieue parisienne. «Il y avait deux classes musicales pour des musiciens en herbe », se souvient –il. «  J’ai fait ça pendant trois ans. Je m’échappais pendant les récrés pour travailler mon violon dans les toilettes ». Pour s’adonner à sa passion, il choisit plus tard un collège où l’on  organisait des classes à mi-temps : Le matin à la maison pour faire du violon et les après- midi, il rejoignait les autres élèves pour suivre le programme « normal ».

David-Grimal

Le virtuose montre aux élèves toutes les subtilités du violon ( Crédit photo / Léon Kharomon)

A 16 ans, il s’inscrit au conservatoire de Paris et en ressort trois ans plus tard, soliste, jouant tantôt avec un orchestre, tantôt seul, «comme je vais le faire ce soir dans une église». L’écho de son talent franchit les frontières de l’hexagone. David est alors invité à se produire dans des salles prestigieuses du Japon, de Chine, des Etats-Unis, etc… En même temps, avec des amis, il a l’idée de créer « Les Dissonances ». « Une bande de potes » qui peuvent se retrouver à 50 ou 60 musiciens sur scène. Son nom et son être sont devenus indissociables de la musique, qu’il enseigne par ailleurs en Allemagne. Il est rare de rencontrer cet artiste sans son instrument de prédilection : un violon. Mais pas n’importe lequel, un stradivarius. Celui que David Grimal sort avec beaucoup de précaution de sa housse est une pièce particulière. De par sa longue histoire. En effet, ce violon date de 1710, époque où le luthier italien Antonio Stradivari, atteint le sommet de son art. Voilà trois cents ans que cette pièce passe de main en main, en gardant toute sa magie. Aujourd’hui, il reste à peine une centaine de stradivarius d’origine dans le monde. Sur ce violon un peu « spécial », David joue avec un archer spécialement fabriqué à Paris par Pierre Grimberger. « Cet homme a compris que l’archer, c’est comme le pinceau du peintre. Il a un rôle très important. Car, c’est avec l’archer qu’on va « peindre » toute la musique » explique t-il. Et d’insister auprès des élèves : « Quoi que vous fassiez, c’est la qualité du travail qui fait la différence. ». Le luthier qui a fabriqué ce violon reste jusqu’à présent le meilleur de tous les temps. Parce qu’il savait sculpter le bois mieux que les autres, il savait y mettre un vernis plus beau que les autres. A cette époque, à Cremone,(en Italie) les architectes construisaient des magnifiques palais décorés par des peintres extraordinaires. Stradivarius fabriquait un violon comme on construisait une église, avec le plus grand soin que cela exige. L’artiste exhorte les élèves à cultiver le goût du savoir et de l’effort. « Plus on s’intéresse, plus on connait, mieux on comprend ». Ne pas se décourager au moindre obstacle. Toujours aller de l’avant. Pour David Grimal, la musique classique, c’est comme un sport. C’est certes difficile, mais ça vous permet de vous dépasser. « Au début, c’est difficile, mais plus on le fait, plus ça devient intéressant, et au bout d’un moment, on ne peut plus s’arrêter ».
Le violon offre tellement de possibilités. On peut jouer avec une seule corde, comme avec plusieurs, et produire plusieurs sons à la fois. Preuve à l’appui, il s’imagine dans un concert et reproduit avec son seul violon tantôt le son d’une harpe, tantôt celui d’une clarinette, et explique comment tous ces sons peuvent se combiner, chacun attendant son tour bien sûr, pour produire une pièce musicale harmonieuse. La fabrication du violon n’a pas changé depuis trois siècles en dépit de l’évolution fulgurante de la technologie du son. C’est dire, combien haut, Antonio Stradivari, dit Stradivarius, a placé la barre pour fabriquer le petit instrument à 4 cordes.

Un conte de fée

Fabriqué en 1710 pour le Roi d’Espagne qui commanda deux quatuors de stradivarius, c’est-à-dire quatre violons, l’exemplaire que détient à ce jour David Grimal fut ramené d’Espagne comme « butin de guerre » par Roederer, un lieutenant de Napoléon, violoniste à ses heures perdues dans la ville du Havre. Ensuite, ce violon fut acheté en 1923 par un Arménien, manager de concert, pour son amoureuse. Cette dernière en a joué jusqu’à la fin de sa vie. Mais le violon a continué de passer de mains en mains à New-York, en Suisse, etc…jusqu’à David Grimal. Comment ? : « Etudiant au conservatoire de Paris à 19 ans, je commençais à faire parler un tout petit peu de moi. Mon prof de musique, Régis Pasquier, allait donner un concert à Bordeaux. Ce jour-là , il est resté bloqué dans les embouteillages. Et tout d’un coup, il voit une autre voiture à côté de lui, avec un archetier qui le saluait. Ce dernier lui dit qu’il connaissait un mécène venu de Suisse acheter un Stradivarius pour un jeune violoniste français. Ils prirent rendez-vous au concert et là le professeur Régis Pasquier me présenta comme son élève. Le prof ne croyait pas trop à ce qui ressemblait à un conte de fée » raconte David Grimal. Et puis, après quelques essais de différents types de violons devant le mécène où David joue avec son prof, c’est à l’hôtel Royal Monceau à Paris que finalement le contrat de cession sera signé. A l’époque, David Grimal joue sur un violon vénitien gagné lors d’un concours. C’était pour un bail de 2 ans. Donc, il n’avait pas de violon à lui. Ce soir-là, avant de dormir, tellement content et ne croyant pas ses yeux ce qui venait de lui arriver, il posa le stradivarius sur le canapé de travail de son oncle, un psychanalyste chez qui il vivait à l’époque. Mais, un jour, après quelques années, son mécène, un Argentin travaillant dans le café, voulut reprendre son violon pour le revendre. Panique ! Que faire pour sauver le musicien Grimal ? In extremis, quelques amis et connaissances réussirent à lui trouver des mécènes, racheter ce bijou à l’Argentin pour permettre à David de garder ce bijou. Ce violon coute si cher pour que, lui, pût l’acheter. « Nous sommes dans une société où on ne parle que d’argent. Finalement ça ne veut plus dire grand-chose. Ce qui fait la valeur d’un violon, ce n’est pas sa valeur pécuniaire, mais plutôt le son qu’on peut produire avec. On n’est pas là pour posséder les choses, on est là pour s’en servir » remarque t-il. David Grimal joue de ce stradivarius depuis 20 ans. Peu importe qu’il ne lui appartienne pas. « J’ai de la chance que mon mécène m’ait rassuré d’en jouer à vie » se réjouit-il.
Léon Kharomon

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