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Identités avec et sans visages

Au collège Pierre Semard à Bobigny, la salle Arts plastiques, légèrement décalée par rapport au reste du bâtiment, ne passe pas inaperçue. Ce matin, c’est jour de restitution par les élèves de leurs autoportraits abstraits. Ou comment, avec des signes, des mots, des lettres, des images, on peut  expliquer son identité sans dévoiler son visage.  En langage ado, cela s’appelle : « se raconter  sans se la jouer ».

Les élèves sortent leurs travaux. Ici, un collage d’images coloriées, parfois bariolées, là des dessins racontant son parcours, auxquels on ajoute une petite fantaisie personnelle.  Mais, ici, et là, on apprécie l’effort  déployé par tous pour expliquer leurs  identités. Les plus loquaces, en classe ou en cours de récré, ne sont pas forcément les plus expressifs dans ce genre d’exercice. Pire encore quand il s’agit de l’expliquer devant  prof, copains et journalistes. Peu importe. L’essentiel est qu’ils ont compris le but du jeu. Qui veut se lancer ? , demande la prof……Hésitations, on s’échange quelques regards furtifs, un petit ange passe.

Identité plurielle

autoportrait abstrait

Puis : «  Vas-y, Mohamed ». Non, pas question répond-il, gêné.… « Si vas-y », insistent ses copains. Mohamed  se lancera pour expliquer son amour pour le foot avec « les deux ballons et les deux pieds dessinés de chaque côté de son tableau ».  Thomas, dont le travail a été remarqué par toute la classe,  ne bougera pas de son banc, sans doute timide, même s’il accepte  de nous dévoiler son identité avec son « nom chinois écrit tout en haut aux côtés du drapeau de la Chine ».  Il n’oublie pas de faire un clin d’œil à sa maman, et explique son intérêt pour la musique avec ses casques branchés à un ordinateur.

Et puis, vient le tour de Yuzra. « Tu l’as bien fait, ton autoportrait…ça claque… », lui dit sa copine.  «  j’ai mis une horloge avec le drapeau du Maroc. J’ai mis des notes de musique, j’ai mis un piano pour rappeler que j’aime la musique. J’ai fait un côté clair et un côté sombre pour exprimer mes défauts et mes qualités. Dans mon côté clair, j’ai l’œil ouvert, dans mon côté sombre, j’ai l’œil plutôt fermé!  » explique Yuzra.

La séance est suivie d’une projection vidéo où les élèves  essayent  de décrypter la personnalité et l’identité d’une personne  à travers un ou des objets lui appartenant. Sandrine Roudeix leur propose de  s’inspirer aussi du travail de Sophie Calle, une performeuse  française qui crée des évènements avec la photo, comme installer un lit en haut de la Tour Eiffel , y dormir et laisser les gens venir la voir. …Sa particularité est que toute sa vie est une œuvre d’art.

L’autoportrait, abstrait ou figuratif, peut être obtenu par soi ou par ses amis.  Il en sera question la semaine prochaine : Avec un appareil photo, les élèves vont  réaliser des autoportraits figuratifs par leurs amis.  Pour le lieu, le décor, le style d’habillement, ils ont carte blanche. Sandrine leur demande néanmoins de respecter la règle de tiers pour que la photo soit symétrique. En attendant, un mime professionnel leur apprendra in situ comment bien poser devant l’objectif d’un appareil photo.

Le train en marche

Pour se faire  une idée de la pose, la prof leur a recommandé de visiter le site internet de Sandrine Roudeix où plusieurs stars du cinéma, du foot et du spectacle, guidés par l’artiste, se sont prêtés  au jeu de la pose.  Ensuite viendra le tour de l’autoportrait sexué. Les garçons seront photographiés par les filles et vice-versa. L’autoportrait a aidé les élèves à parler d’eux et à se dévoiler.  Ce qui n’était pas facile au début du projet et risquait de compromettre son aboutissement. « On peut dire que, maintenant, le train est vraiment en marche » soupire Sandrine.  Et d’avouer : « La mise en route a été un peu lente, c’était un peu compliqué pour eux, mais il ya un truc que j’avais oublié, c’est le rapport à l’image qui n’est pas facile. On a bataillé avec Estelle, la prof. d’arts plastiques, pour les aider à sortir d’eux, à s’affirmer en tant qu’adolescents, à apprivoiser leur image. Aujourd’hui, tout se passe bien, ils apprivoisent leur image, moi je les apprivoise et ils m’apprivoisent aussi ».

Léon Kharomon

 

Porfolio:

Sandrine Roudeix autoportrait-figuratif avec Brandon

Autoportraits figuratifs des collégiens sous le regard de Sandrine Roudeix (Crédit Photo : Léon Kharomon).

Sandrine Roudeix atelier photoSandrine Roudeix autoportrait figuratif avec Brandon

 

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L’Alerte incendie de Sandrine Roudeix au collège Pierre Semard à Bobigny !

Pour son acte inaugural au collège Pierre Semard de Bobigny, Sandrine Roudeix crée la surprise.  

Dans un scénario dont seuls les artistes ont le secret, elle a  réussi à attirer tous les collégiens  autour d’elle: Ce matin, 05 octobre, il est  09h30 quand sonne une alerte incendie. Les élèves, encadrés par leurs profs, surgissent de toutes parts et accourent  sous le préau. La consigne de sécurité respectée, les uns et les autres se demandent  dans quel local se situe le foyer d’incendie.  Mais, rien n’indique le moindre départ de feu. C’est alors que, dans cette agitation, Sandrine monte sur une table et se met à lire à haute voix un extrait de son livre « Attendre », édité chez Flammarion.  Surprise et  curiosité se mêlent dans les expressions de visage  des ados. Ceux qui entourent l’artiste du haut de ce plateau de fortune sont visiblement scotchés. Les autres, au fond, voudraient  bien entendre ce qu’elle lit, mais n’y  arrivent pas. Pour cause, la sono, improvisée ce matin, fait des siennes. Qu’importe, Sandrine fera sans. Quitte à se casser les cordes vocales. Ne s’est elle pas fixée pour objectifs, entre autre, d’aider les collégiens, notamment ceux de sa classe de résidence à « mieux se cerner et s’appréhender… », bref  à prendre confiance en eux ?  Donc, il en faudra plus pour la décourager.  Elle est totalement investie dans sa mission et ira jusqu’au bout de sa lecture, gratifiée par des vifs applaudissements à la fin.

Sandrine Roudeix lisant à haute voix un extrait de son livre « Attendre »( Flammarion). Crédit photo / Léon Kharomon

Star malgré elle

Un quart d’heures s’est écoulé depuis l’alerte incendie. Il y a pas eu feu, mais de la culture vive en lieu et place.  Elle est à peine  rentrée dans son bureau  que des collégiens viennent lui solliciter des autographes. Difficile d’échapper au star-système. Même si le secret a été bien gardé par  sa classe de résidence, il est certain que, juste après la fausse alerte incendie,   les langues se sont déliées à Pierre Semard. « C’est la photographe de grands journaux, dont  l’Equipe Magazine, » se sont ils dit. « Elle photographie des stars du foot !, s’étonne une jeune fille, c’est classe, ça fait rêver ! ».Oui, ça fait rêver, mais Sandrine garde les pieds sur terre. Ici, au Collège, elle va travailler sur l’identité. Un défi à relever dans cette « ville-monde » qu’est Bobigny où l’identité se décline au pluriel, si pas à l’infini. Ces ados qui veulent découvrir le monde, en sont parfois bouleversés par sa complexité, comment les aider à se retrouver d’abord eux-mêmes. A cerner leur propre identité qui détermine aussi leur personnalité et leur caractère. Comment les emmener à s’accepter tels qu’ils sont et à assumer le regard des autres. ?

100 portraits photo

Comment  va-t-elle s’y prendre ?  Par la photographie couplée avec la littérature. Pour une classe de 25 élèves, Sandrine va réaliser 100 portraits photos légendés avec des textes écrits autant par elle que par les élèves. A travers  4 planches, chaque élève sera  « vu » en texte et photo par l’artiste, par lui-même et par ses collègues de classe. Ce sera un travail évolutif du début à la fin de l’année.  Le but est de «faire réfléchir les élèves sur l’évolution, la maturation et l’affirmation de l’identité d’un enfant qui devient adolescent, affirme t-elle, on travaillera aussi sur la subjectivité de l’identité de chaque adolescent dans le regard d’un autre adolescent pour voir ce que cela implique comme regard sexué et regard projeté ». Ce travail de réflexion sera couronné par une exposition en juin 2013 à la médiathèque de Bobigny, avec des photos et des textes qui seront lus à haute voix par des élèves le jour de l’inauguration.

Sandrine Roudeix collabore en tant que photographe régulière au Figaro Magazine, au Point, à l’Express et à l’Equipe Magazine. Comme écrivain, elle compte  à son actif deux romans, deux livres de photos et une monographie. En fait, son travail a toujours consisté à scruter  l’image par le texte et vice-versa. Elle compte publier en 2013 un roman sur une femme qui écrit sur une femme photographe et un livre de photos en tant que femme photographe qui photographie des femmes écrivains.

Léon AWAZI  KHAROMON

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