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Chorégraphie

Collège Alfred Sisley: Thierry-Thieu Niang fait parler le corps

« Bien, Isabelle, c’est comme la ponctuation, quand on écrit… C’est bien quand tu aides l’autre à se lever ; Espace, prenez tout l’espace, ne soyez pas timide… Super, Super… Point  contre point,  fais confiance à tes camarades, Mehdi. …Tanya, tu sors, sans bruit ; Mohamed, les deux Mohamed, vous sortez, prenez votre temps, Mehdi, Mélanie…. »… Sur fond d’une musique douce, la voix de Thierry Thieu Niang résonne à ces élèves comme celle d’un ami, presqu’en  intimité. Comme s’il susurrait des mots à l’oreille de chacun. La voix d’un grand frère qui rassure plus qu’il ne dirige. Nous sommes pourtant  dans un lieu public. L’espace 1789, Saint-Ouen, où  l’artiste chorégraphe tient une séance de répétition avec sa classe de référence. Au collège Alfred Sisley à l’Ile Saint-Denis, on dit « classe d’accueil ». Laquelle porte bien son nom, puisqu’elle intègre, tout au long de l’année, des élèves venant des quatre coins du monde. Arrivés en France, tous ont un point commun : des difficultés en français. Un véritable écueil quand on veut poursuivre sa scolarité dans la langue de Molière. Comment Mehdi, l’Algérien et Tanya, la Cap-verdienne, deux élèves, que tout ou presque, à priori, semble opposer, de par leurs origines et leurs cultures, peuvent ils communiquer, partager des émotions ?

Thierry Thieû Niang

L’artiste et les collégiens emportés dans un élan lors de l’acte inaugural. Crédit photo / Léon Kharomon

La danse, langage commun

A défaut d’une langue commune, Thierry Thieu Niang propose un langage commun : la danse. « je trouve que c’était un beau pari d’imaginer que la danse, le corps allait réunir ces enfants qui nous viennent de différentes cultures. J’avais envie de montrer que la danse pouvait créer un lien social, de langage et d’expression ».

Ainsi, le chorégraphe conçoit-il son art. En stimulateur  d’émotions, en catalyseur de mouvements et gestes qui peuvent redonner confiance à chacun de ces  «corps empêchés ». Comme ceux dessinés par Emmanuelle Houdart dans l’album Saltimbanques et auxquels l’écrivain et scénariste Marie Desplechin a imaginé un destin fabuleux malgré leurs handicaps. Au bout de trois semaines de répétitions, ces élèves, souvent confrontés à l’anonymat qu’impose  une ville aussi immense et cosmopolite que Paris, commencent à se redécouvrir, tout en découvrant l’autre, venu de loin, de quelque part, avec son histoire, sa différence,  ses mœurs, mais aussi, parfois, ses blessures….

Dès lors, la danse cesse d’être un  mouvement corporel  anodin. Danser, c’est aussi libérer  le corps d’une emprise, d’un tourment.  C’est surmonter une pesanteur que peut imposer  la société et ses codes. La danse revêt un aspect quasi thérapeutique. Même si l’artiste s’en défend. Tout comme il refuse de se présenter en « professeur de danse » à ces élèves. «  Je leur ai donné confiance dans leurs mouvements. Je leur ai surtout demandé de ne pas danser une danse qui n’était pas la leur et qu’on allait pas apprendre des danses, mais qu’au contraire, on allait inventer des danses à eux, avec eux » ajoute t-il.

Avec ou sans musique

De la parole à l’acte, rendez-vous au collège Alfred Sisley le 13 décembre 2012. Ce jour là, la classe d’accueil, classe de référence s’associe avec les élèves d’Ulis pour une représentation. Toute en simplicité et en complicité. Entre Thierry et ses élèves, ce n’est pas encore l’osmose, mais ça ne devrait pas tarder à venir. Ils prennent les choses en main et dansent. Tantôt en musiques, tantôt sans. Tapi dans l’ombre,  l’artiste, avec sa voix, accompagne les élèves dans leurs mouvements, totalement improvisés.  Le Principal n’en revient pas de voir certains élèves, souvent rétifs à la prise de parole en public, se libérer totalement. D’autres, si  individualistes, se mouvoir dans des figures collectives sorties de l’imaginaire des enfants, se comprenant à « demi-mot »- à demi corps- devrait-on dire. Tous emportés dans un même élan, comme des maillons d’une même chaîne. Une heure de performance  dont on aimerait bien connaître le secret.  Mais, pour Thierry Thieu Niang, il n’y a point de mystère dans la réussite de ce spectacle. Pour lui, réussite rime avec  confiance en soi.  « La discipline » si chère à la vénérable institution qu’est  l’école, seule, ne suffit pas. « L’école , c’est pas que de l’intellectuel, mais c’est aussi une capacité à ressentir les choses physiquement et sensiblement qui peut nous faire apprendre. Du coup, il y a énormément de joie et d’écoute entre garçons et filles, entre différentes cultures. Des gens qui ne parlent pas la même langue. Et on est vraiment dans un bon projet ». estime t-il.

Léon KHAROMON

Portfolio: Lors des répétitions à l’espace 1789 (Saint Ouen) et de l’acte inaugural au collège, la danse renforce les liens entre les élèves. Crédit photo / Léon Kharomon.

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In Situ, les artistes dévoilent leurs projets à la Maison des Journalistes

Ils avaient accepté de partager leur savoir-faire avec les collégiens de la Seine Saint-Denis à travers le projet « In Situ ». Certains d’entr’eux piaffaient d’impatience pour vivre cette expérience originale. Quelques uns avaient déjà pris langue avec le corps professoral de collèges où ils vont s’installer tout au long de l’année 2012-2013. Jeudi 27 septembre a été l’occasion pour ces artistes de faire connaissance et d’expliquer brièvement leurs projets respectifs.

La rencontre, conviviale, s’est déroulée dans le XVè parisien, plus précisément à la Maison des Journalistes.Yasmine di Noia et Cathy Losson, les deux chargées de mission qui travaillent d’arrache-pied sur ce projet sous la direction de Dominique Bourzeix, nous avaient envoyé les notes d’intentions des artistes, mais la rencontre à la MDJ a permis aux uns et autres d’apprécier, entre autre, l’humour déjanté de Nicolas Bianco-Levrin, dont les casquettes se déclinent d’illustrateur de bandes dessinées à celle de réalisateur de films d’animation en passant par celle de concepteur de chartes graphiques.

Le 25 septembre, le père de Kroak, ( du nom de sa BD) était en immersion à la médiathèque  Joseph Kessel de Villepinte où il a expliqué à quelques professeurs du collège Les Mousseaux comment va se dérouler sa résidence : « L’idée est de partager les étapes de réflexion avec les jeunes en mettant en scène l’avancement sur les carnets de croquis qui le permettent de fabriquer mes histoires. Il s’agirait de mettre ces jeunes en situation de recherche, soit sur un projet en groupe, soit sur des projets personnels.(…) Tout au long de la résidence, je tiendrai à disposition l’avancement de mes recherches ».lit-on dans sa note d’intention. Ces carnets de croquis, fabriqués et reliés par lui-même, permettent à Nicolas de saisir les instants de son inspiration afin de ne pas en perdre une miette.

A tour de rôle, parfois dans un anglais très « frenchy » destiné aux résidents anglophones de la MDJ, les artistes expliquent leurs projets. Les uns aussi originaux que les autres. A l’instar des Dissonances qui comptent partager leur expérience d’un orchestre « sans chef » avec les collégiens de Joliot-Curie à Pantin, ou encore la Revue éclair, dont les trois membres ont l’intention de construire ensemble avec les collégiens de Jean Zay à Bondy, une œuvre qui sera « le fruit des affinités partagées sur le terrain » tout au long de la résidence.

Pour sa part, Sandrine Roudeix, écrivain et photographe de presse, s’intéresse à la question de l’identité. Elle compte, à travers la photo et l’écriture de l’image, aider les collégiens à percevoir leur identité, à mieux se cerner à travers leur propre regard et celui de leurs entourage, que ce soit à l’école, dans le cercle familial ou ailleurs. Sa démarche se veut à la fois artistique et pédagogique. Elle reste cependant délicate au regard de la complexité avec laquelle se pose la question de l’identité  en Seine-Saint Dénis où plus de 80 nationalités cohabitent au quotidien.

Conscient, à la fois de la richesse et du défi que représente cette diversité, le Département de la Seine-Saint Denis  a lancé en 2007 le projet In Situ qui vise à promouvoir l’éducation artistique et culturelle dans les collèges. Dix artistes prennent leurs quartiers dans autant de collèges en raison, au moins, d’une  journée par semaine durant toute l’année scolaire.

Ensemble avec les collégiens, ils élaborent des projets autour d’une thématique fédératrice qui nécessite, bien évidemment l’implication du corps enseignant. In Situ, à la différence d’autres projets du genre, ne se déroule pas en marge des activités scolaires. Il s’inscrit entièrement dans le calendrier « normal » de l’année scolaire.

Léon AWAZI KHAROMON

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