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Littérature/Photographie

Regards Croisés

L’adolescence, « la plus délicate des transitions » disait Victor Hugo, n’est pas facile à saisir. Tant elle est fugace. Pourtant, c’est ce pari que la photographe et écrivain Sandrine Roudeix  s’est lancé tout au long de cette année dans sa résidence artistique In Situ. En scrutant l’identité de ces ados, filles et garçons de la quatrième B du  collège Pierre Sémard à Bobigny, elle leur a permis de se faire une idée, presque en temps réel, de changements  subis sur le plan physique et mental l’espace d’une année scolaire.De cette expérience, quelle image tirent-ils d’eux-mêmes, de leurs collègues filles et garçons, des adultes et quelle image leur  renvoient-ils ces trois catégories ? Il ressort de ces interrogations une exposition intitulée « Regards Croisés » qui dévoile un pan de leur identité- parfois à la grande surprise d’eux-mêmes,-dans un tableau où les marqueurs laissent encore cette impression d’inachevé, tout en révélant des caractères parfois trempés que seul le temps pourrait confirmer ou démentir.

Sandrine Roudeix

Dans tous les cas, le challenge de cette résidence consistait à saisir ces instants improbables de l’adolescence où l’on cherche à comprendre son identité à travers sa propre expérience, mais aussi à travers le regard de l’autre et ce qu’il vous renvoie de positif ou de négatif.   Chaque panneau raconte une histoire sur l’adolescent, celle de quatrième. Ici, c’est Merveille au début de l’année, souriant, heureux, l’air de dire que tout va bien. Quelques mois après,  il a des  gros ennuis de santé qui font qu’il s’absente beaucoup. « Je n’étais même pas sûre de l’inclure dans l’exposition » affirme Sandrine.  Au final, cela donne un regard dur, et légèrement en biais. Ça raconte quelque chose de sa vie. Dans le texte, il dit que son plus grand défaut c’est qu’il n’en a pas.  Quand on lui demande  quelle est sa plus grande réussite,  « c’est d’avoir emmerdé le monde ». C’est certes de l’humour, mais qui révèle en même temps les moments difficiles traversés  il y a quelques mois. Les panneaux montrent aussi les transformations physiques de chaque élève au courant de l’année. Au début, tous ont encore le visage poupin. Mais au fil de l’an, on voit leur visage s’affirmer et devenir plus adulte. Pour certains élèves, la photographie leur a permis de se révéler.

Pour y parvenir, Sandrine a travaillé avec un comédien professionnel et  un ethnologue. Chacun apportant dans son domaine respectif l’éclairage nécessaire à la compréhension de l’identité. 

Questionnaire de Proust

Il reste qu’une image peut à la fois dire quelque chose et son contraire.Tout comme elle peut être polysémique. C’est pourquoi, chaque panneau est surmonté d’un texte où les regards croisés des élèves  tiennent lieu de commentaires réciproques. « Je pense que l’image prend beaucoup de sens avec le texte », reconnaît Sandrine. « En répondant au questionnaire de Proust, ils ont pu mettre en exergue leurs qualités et leurs défauts et d’en prendre conscience. c’est un marqueur à un moment donné de leur vie. ».

Tanu était au départ plutôt timide, et petit à petit, il a sympathisé  avec les « rouleurs de mécanique, les durs de la classe ». On voit qu’il pose avec assurance vers la fin de la résidence. C’est pareil pour Brandon qui s’est étoffé et a pris des muscles et des épaules. Mais comme souvent, les apparences sont trompeuses et contrastent avec ce que les élèves pensent d’eux-mêmes. Comme cet élève, avec son  allure assez agressive, mais qui

aimerait  être un chat « par ce qu’il ne fait pas de bruit ». On aimerait savoir pourquoi. Mais il n’en dira pas plus. Sans doute pour préserver son intimité et garder une part d’ombre  qui fait le charme de l’adolescence. Cette liberté de ton explique l’atmosphère dans laquelle se sont déroulés les séances photo.

Sandrine Roudeix

 

« Moi, j’ai fait qu’un quart de boulot, le reste, c’est eux qui ont décidé des endroits, de la pose, etc… », explique Sandrine.

Je les ai aidés à devenir eux-mêmes. Qu’ils se posent des questions  sur leurs métiers, dans la façon de se présenter aux autres, dans leurs rapports entre copains et copines, dans la famille. Tout ce questionnement qui fait qu’on se sent mieux une fois qu’on y a répondu ».

Malgré un début de résidence  assez difficile avec  le « baptême de feu » de la séance inaugurale, Sandrine a pu mener son projet à bon port parce qu’elle ne se faisait pas de préjugés sur la banlieue. Mère d’un ado, elle avoue que son enfant l’aidait parfois à décoder certains langages propres à cette tranche d’âge. Aujourd’hui, elle avoue s’être réconciliée et avec la question de l’identité.

Cette expérience lui a apporté une ouverture de manière tout à fait hasardeuse. Les Editions  Gallimard lui ont proposé d’écrire pour 2014 un recueil sur la manière de résoudre les questions de la paix en lui donnant libre choix du sujet. « J’ai donc choisi la banlieue et les nouvelles sur Bobigny. Donc, pour moi, la boucle est bien bouclée ».

Léon Kharomon.

 

Ils ont dit :

Kelly Dumont, 4è B : « j’ai changé de visage par rapport au début de l’année. Là, je trouve que j’ai évolué, je suis plus mature dans ma façon de m’habiller. je me suis rendue compte que je pouvais cacher certaines faiblesses derrière la photo. La photographie m’a permis de découvrir ma personnalité »

 Romane, 4è B : « je ne suis pas boudeuse, je ne sais pas pourquoi elle a mis ça. M’enfin, je boude un tout petit peu, comme tout le monde . Au début de l’année, je n’étais pas en confiance  parce que je venais de la rencontrer.  Mon trait de caractère dominant, c’est l’impatience, j’aime pas attendre, ça me stresse »

 Tanu, 4è B : « Entre les photos du début de l’année et celles de la fin, je trouve que j’ai grandi et j’ai un peu blanchi.  Sur trois photos, je souris. Ça montre que j’ai de l’humour ».

Sandrine Roudeix

Eric Metzdorff, Principal du Collège Pierre Sémard : « Les élèves ont pris une certaine maturité en posant devant l’objectif et en prenant des photos  d’eux-mêmes et de leurs collègues.  C’est une expérience qui soude la classe et crée des liens ; ça les fait réfléchir sur leurs personnalités, l’identité et l’évolution qu’ils ont. »

Aurélie Frébault, bibliothécaire, secteur adultes, à la bibliothèque  Elsa Triolet. « Dans notre bibliothèque, les ados viennent plus pour travailler ou réviser les examens, emprunter des livres. C’est un public qui fait vivre la bibliothèque, vers lequel on est tournés et dont on prend soin »

La Maman de Romane : « On est venu en petit comité parce que Romane ne voulait que papa, maman et Mélian, son petit frère.  Mais au regard de la qualité de l’exposition on se dit du coup, dans le mois, on va venir avec la Grand-mère, tonton, tata, etc.. ».

Propos recueillis par Léon Kharomon.

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Le genre et l’image

Sandrine Roudeix aborde la troisième étape de son projet au collège Pierre Semard. Après avoir pris individuellement les élèves en photo au début de l’année et  les avoir soumis à un exercice d’ « auto-shooting » pour réaliser des autoportraits, la  photographe demande à présent aux filles et garçons de se prendre réciproquement en photos. Chaque élève devrait à la fin de cette troisième étape se retrouver avec deux photos prises par un garçon et une fille. Apparemment anodin, l’exercice ne l’est pourtant pas. Lorsqu’on sait qu’à cet âge, les adolescents poursuivent leur quête d’identité tout en étant pris dans un questionnement sur l’autre sexe. C’est à cet âge aussi que se construisent  les préjugés et les fantasmes  sur le genre. Filles et garçons, il suffit de les observer dans les cours de recréation, se rapprochent tout en se repoussant  mutuellement, comme si, subitement, ils prenaient conscience de leur « trop  grande différence ».

Les élèves vus par Sandrine Roudeix ( Crédit photo : Léon Kharomon)

Tout pousse à croire que les uns et les autres voudraient  maintenir cette différence en érigeant des murs invisibles afin de délimiter des « territoires » respectifs. A travers la photo, Sandrine veut scruter le regard que les  jeunes ados, filles et garçons, se portent mutuellement. Elle veut les aider à réaliser ces portraits en évitant de prendre leurs préjugés, ou, pire, leurs fantasmes, pour des réalités. Aussi, a-t-elle invité un ethnologue parler du rapport garçon-fille et de la place du garçon et de la fille dans les différentes cultures du monde. Ce, afin de les sensibiliser et de les prémunir contre les clichés dans la société. Ainsi peuvent-ils comprendre que les rôles que jouent filles et garçons dans des sociétés patriarcales ou matriarcales ne coulent pas de soi. Ce sont souvent des habitudes, appelées coutumes, liées à des traditions et érigées en modèles d’organisation sociétale, et qui peuvent, pourquoi pas, évoluer avec le temps.

Toutes ces précautions ne sauraient cependant pas être considérées comme une orientation donnée par l’artiste au travail des élèves. Elle est consciente qu’après cette séance d’ethnologie, les élèves peuvent, en amont de leur travail, s’auto censurer.  « Si un ou une élève veut mettre en évidence la raillerie, la timidité ou un autre aspect de la personnalité de son collègue ( fille ou garçon), c’est à lui de choisir » rassure Sandrine. Avec la prof d’Arts plastiques, elle leur avait demandé de remplir une fiche pour dire quels sont les traits de caractère de leurs collègues qu’ils allaient prendre en photo.

Psychologie et arts

Ce qui l’intéresse,c’est le regard, mieux, le ressenti qui peut se dégager de ces portraits. Elle voulait en amont les aider à comprendre leur identité, à savoir « qui je suis, quelles qualités et quels défauts j’ai, qu’est ce qui est important dans ma vie,… ».

Même Mourad HAKMI, l’ethnologue, a insisté sur la question « Qui-suis-Je, à travers ma famille, ma langue, mes origines, mon habillement, etc… ? ». Dans son projet artistique, la part de notions psychologiques est importante.. Munis de six appareils photo numérique. compact avec flashs intégrés, quatre groupes de garçons et filles se sont formés. Non sans difficultés, tel garçon refusant ou se gênant de se voir brosser le portrait par telle fille et vice-versa. « Pour ne pas y passer des heures, nous nous sommes résolus de former des « couples » en fonction des affinités » affirme t- elle. Deux semaines de travail seront nécessaires pour la réalisation de ces portraits. En attendant, l’artiste va prendre un jour dans la semaine pour réaliser avec les élèves des projets de textes qui vont accompagner les portraits.

Questionnaire de Proust

Les élèves ont  réalisé quelques textes autoportraits qui ne sont pas encore complètement finalisés. Elle est en train de les corriger et de les modifier en leur faisant remplir des questionnaires de Proust. En leur demandant leurs derniers fous rires, leurs livres de chevet, leurs couleurs préférées, leurs films cultes, leurs dernières colères, leurs rêves de bonheur et leur métiers plus tard.  C’est pour les aider à préciser leurs idées. La semaine d’après, elle devrait  intervenir dans leurs cours de techno. Pour leur faire taper les titres de leurs autoportraits. « Chacun va trouver son titre d’autoportrait, moi je vais en trouver un pour chacun. Je leur ai demandé de trouver aussi un titre à leurs copains et leurs copines. Ça servira de titres à l’expo ». Elle comptait prendre deux ou trois séances de techno le lundi pour faire ce travail d’écriture. Avant les vacances d’avril ou juste après  elle terminera avec les élèves la réalisation de tous les éléments de l’expo.  Ils vont ensuite passer  à sa scénographie et à sa mise en affiche. Il est prévu de faire venir un graphiste qui sera  brieffé sur l’idée qu’ils se font de cette affiche. Ainsi, lentement, mais surement, ils iront au bout du parcours.

Léon KHAROMON

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Trois questions à Mourad Hakmi:

Q : Pouvez-vous vous présenter, svp ?

Je m’appelle Mourad Hakmi, je suis ethnologue, j’interviens régulièrement dans certains établissements scolaires pour des ateliers d’ethnologie. L’idée étant d’initier les élèves à la diversité culturelle et à ses problèmes éthiques. Aujourd’hui avec cette classe, je suis venu parler de la question du genre, de la construction sociale des rôles et des identités sexuelles. Souligner ce qu’est un homme, ce qu’ est une femme en fonction des cultures et leur dire qu’il n’y a pas un modèle universellement admis de ce que c’est un homme, une femme  et des activités qu’ils doivent avoir. Des rôles qu’ils doivent jouer. L’idée étant de les inciter à pouvoir être à l’écoute de ce dont ils peuvent avoir besoin. De ce qu’ils ont besoin en eux-mêmes. Par rapport au fait que ces modèles ne sont pas naturels et se transforment. Il n’y a pas d’interdiction d’inventer des nouvelles positions en fonction de ses besoins.

In Situ

Crédit Photo : Léon Kharomon

Q : Qu’avez-vous remarqué de fondamentalement différent parmi les groupes ethniques, sachant qu’en Seine-saint-Denis, habitent mille et une nationalités étrangères ?

R : Ce qui est récurrent, c’est l’idée d’un partage de responsabilités, de rôles,  et des univers. C’est quelque chose de fréquent. Mais, après, les fonctions qui vont être attribuées à l’un et à l’autre par exemple peuvent être très variables. Dans certaines cultures, ce sera normal que ce soit l’homme qui soit à l’extérieur. Dans d’autres cultures, mêmes patriarcales, on trouvera des femmes qui vont travailler dans les champs. Et puis, Il y a des matriarcats où les femmes prennent des décisions, ce qui montre que l’idée que l’autorité serait forcément dévolue à l’homme est battue en brèche. Au contraire la comparaison de différentes cultures m’amène plutôt à relativiser l’idée qu’il y aurait un fondamental dans ce qui constituerait le masculin comme le féminin.

Q : Qu’est ce qui peut aider les élèves à accepter et concilier leurs différences culturelles ?

R : Ce qui est important, c’est d’accepter la complexité qui nous constitue en tant qu’être humain et la diversité surtout. Et de comprendre qu’en fonction des moments , c’est plutôt certains aspects qui doivent prendre le dessus, et que cela ne veut pas dire qu’on doit occulter, supprimer, ou nier le reste.

Propos recueillis par Léon Kharomon

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C’est qui, le chef ?

Portraits croisés du genre au Maghreb et chez les Bozho, en Chine.

A travers deux films documentaires portant, l’un sur une famille marocaine installée en France et l’autre sur les Mozo, une peuplade  de quelques dizaines de milliers de personnes habitant les haut plateaux de l’Himalaya, au sud de la Chine, L’ethnologue Mourad Hakmi  attire l’attention des élèves sur la diversité des modèles sociétaux. « Un modèle, c’est un exemple à suivre. Cela ne veut pas dire que tout le monde le suit » précise t-il. C’est comme un règlement. Il y a des traditions, mais tout le monde ne les suit pas, ou pas tout le temps. Dans la famille Madhani, par exemple, les hommes et les femmes se différencient par leurs activités : la femme cuisine, l’homme va chercher du bois pour la cuisson. La conversation dans la famille est un marqueur de différence homme-femme. Avec la mère, les filles parlent de cuisine, des enfants, etc..alors qu’avec leur père, elles changent complètement de sujet. Toujours chez les Madhani, on remarque que Monsieur et Madame ne sont ensemble que pour déjeuner. Le reste du temps, chacun reste de son côté. Madame est le plus souvent au salon et dans la cuisine, alors que monsieur passe son temps au jardin. Madame mène des activités d’intérieur, et Monsieur est à l’extérieur. L’habillement est un autre signe distinctif du genre. Madame garde son foulard alors qu’elle est à l’intérieur de la maison. C’est pour montrer qu’elle est en présence des gens étrangers à sa famille. Par contre, sa fille Maryam, est en pantalon jean et ne porte pas de foulard. Ce qui montre que, bien qu’elle soit issue d’une famille très marquée par le modèle de ses parents maghrébins, elle-même se démarque et ne se sent pas obligée de suivre ce modèle. Monsieur Madhani, comme la plupart  d’hommes de sa génération, garde sa moustache. C’est pour affirmer son autorité. Quand vient le moment de déjeuner, c’est l’homme qui demande à sa fille d’arrêter de filmer et de passer à table. Sans crier, il affirme son autorité. Car, souligne l’ethnologue, l’ « autorité n’est pas synonyme de dictature ou de tyrannie. C’est juste un marqueur de responsabilité ». L’autorité  incombe à une personne responsable d’un groupe. C’est la personne qui en dernier lieu prend une décision.

Si, chez les Madhani, c’est l’homme qui assume l’autorité, chez les Mozo, en Chine, c’est plutôt l’inverse. Ce sont les femmes qui décident pratiquement de tout. Les hommes passent leurs journées à ne rien faire et ne se rendent utiles que la nuit, semble t-il. Les hommes sont, à la limite, « paresseux » et leurs femmes les aiment comme tels. Aux journalistes qui leur demandent pourquoi il en est ainsi, elles répondent que « c’est notre culture, notre façon de vivre ». Mais au fond, cette « paresse » supposée des hommes s’explique par leur maladresse dans les tâches les plus importantes de la vie quotidienne chez les Mozo. Les femmes, s’étant révélées plus habiles, préfèrent donc prendre les choses en main pour l’intérêt de tous. Par cet exemple, l’ethnologue invite les élèves à dépasser les clichés et à chercher plutôt à comprendre les différences de culture et ce qu’elles peuvent signifier au-delà des apparences.

Léon KHAROMON

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Identités avec et sans visages

Au collège Pierre Semard à Bobigny, la salle Arts plastiques, légèrement décalée par rapport au reste du bâtiment, ne passe pas inaperçue. Ce matin, c’est jour de restitution par les élèves de leurs autoportraits abstraits. Ou comment, avec des signes, des mots, des lettres, des images, on peut  expliquer son identité sans dévoiler son visage.  En langage ado, cela s’appelle : « se raconter  sans se la jouer ».

Les élèves sortent leurs travaux. Ici, un collage d’images coloriées, parfois bariolées, là des dessins racontant son parcours, auxquels on ajoute une petite fantaisie personnelle.  Mais, ici, et là, on apprécie l’effort  déployé par tous pour expliquer leurs  identités. Les plus loquaces, en classe ou en cours de récré, ne sont pas forcément les plus expressifs dans ce genre d’exercice. Pire encore quand il s’agit de l’expliquer devant  prof, copains et journalistes. Peu importe. L’essentiel est qu’ils ont compris le but du jeu. Qui veut se lancer ? , demande la prof……Hésitations, on s’échange quelques regards furtifs, un petit ange passe.

Identité plurielle

autoportrait abstrait

Puis : «  Vas-y, Mohamed ». Non, pas question répond-il, gêné.… « Si vas-y », insistent ses copains. Mohamed  se lancera pour expliquer son amour pour le foot avec « les deux ballons et les deux pieds dessinés de chaque côté de son tableau ».  Thomas, dont le travail a été remarqué par toute la classe,  ne bougera pas de son banc, sans doute timide, même s’il accepte  de nous dévoiler son identité avec son « nom chinois écrit tout en haut aux côtés du drapeau de la Chine ».  Il n’oublie pas de faire un clin d’œil à sa maman, et explique son intérêt pour la musique avec ses casques branchés à un ordinateur.

Et puis, vient le tour de Yuzra. « Tu l’as bien fait, ton autoportrait…ça claque… », lui dit sa copine.  «  j’ai mis une horloge avec le drapeau du Maroc. J’ai mis des notes de musique, j’ai mis un piano pour rappeler que j’aime la musique. J’ai fait un côté clair et un côté sombre pour exprimer mes défauts et mes qualités. Dans mon côté clair, j’ai l’œil ouvert, dans mon côté sombre, j’ai l’œil plutôt fermé!  » explique Yuzra.

La séance est suivie d’une projection vidéo où les élèves  essayent  de décrypter la personnalité et l’identité d’une personne  à travers un ou des objets lui appartenant. Sandrine Roudeix leur propose de  s’inspirer aussi du travail de Sophie Calle, une performeuse  française qui crée des évènements avec la photo, comme installer un lit en haut de la Tour Eiffel , y dormir et laisser les gens venir la voir. …Sa particularité est que toute sa vie est une œuvre d’art.

L’autoportrait, abstrait ou figuratif, peut être obtenu par soi ou par ses amis.  Il en sera question la semaine prochaine : Avec un appareil photo, les élèves vont  réaliser des autoportraits figuratifs par leurs amis.  Pour le lieu, le décor, le style d’habillement, ils ont carte blanche. Sandrine leur demande néanmoins de respecter la règle de tiers pour que la photo soit symétrique. En attendant, un mime professionnel leur apprendra in situ comment bien poser devant l’objectif d’un appareil photo.

Le train en marche

Pour se faire  une idée de la pose, la prof leur a recommandé de visiter le site internet de Sandrine Roudeix où plusieurs stars du cinéma, du foot et du spectacle, guidés par l’artiste, se sont prêtés  au jeu de la pose.  Ensuite viendra le tour de l’autoportrait sexué. Les garçons seront photographiés par les filles et vice-versa. L’autoportrait a aidé les élèves à parler d’eux et à se dévoiler.  Ce qui n’était pas facile au début du projet et risquait de compromettre son aboutissement. « On peut dire que, maintenant, le train est vraiment en marche » soupire Sandrine.  Et d’avouer : « La mise en route a été un peu lente, c’était un peu compliqué pour eux, mais il ya un truc que j’avais oublié, c’est le rapport à l’image qui n’est pas facile. On a bataillé avec Estelle, la prof. d’arts plastiques, pour les aider à sortir d’eux, à s’affirmer en tant qu’adolescents, à apprivoiser leur image. Aujourd’hui, tout se passe bien, ils apprivoisent leur image, moi je les apprivoise et ils m’apprivoisent aussi ».

Léon Kharomon

 

Porfolio:

Sandrine Roudeix autoportrait-figuratif avec Brandon

Autoportraits figuratifs des collégiens sous le regard de Sandrine Roudeix (Crédit Photo : Léon Kharomon).

Sandrine Roudeix atelier photoSandrine Roudeix autoportrait figuratif avec Brandon

 

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Les mots et les images ont la parole!

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novembre 19 2012 · 19:37

La Bibliothèque Elsa Triolet de Bobigny est partenaire de In Situ pour la résidence de Sandrine Roudeix.

Aurélie FREBAULT et Sylvie HENRION, respectivement  responsables de la « Bilbliobus » de Bobigny et de  la Bande dessinée  nous en disent  un peu plus sur le rôle que va jouer cette structure.

 Sylvie HENRION : Nous allons alimenter l’imaginaire des adolescents  en leur proposant des supports différents autour de la thématique du portrait et de l’autoportrait. Livres de photos, de peinture, Bd et la partie littéraire. Des pistes seront explorées à travers des courts métrages. Tout ceci donnera lieu à des discussions. On les aidera à trouver des pistes de recherche et d’inspiration sur le thème de l’identité pendant l’adolescence. Nous avons sélectionné un certain nombre d’ouvrages sur cette thématique. A l’instar du livre illustré de Thomas Cadene « Les autres gens ». Une vingtaine d’illustrateurs y ont participé en s’appropriant  sous forme de dessins les personnages décrits dans les récits de Thomas Cadene. On s’appuiera aussi sur la littérature en essayant de les aider à sortir de leurs lectures habituelles. On peut leur proposer des livres en classe ou directement ici en bibliothèque.

Aurélie FREBAULT : Nous avons l’habitude de travailler avec des collégiens, quel que soit leur niveau et la perception qu’ils se font  de la thématique abordée. Il est aussi  difficile de les mobiliser quand leurs professeurs  ne s’impliquent pas assez dans l’activité de la lecture. Il reste que nous sommes très motivés pour participer au projet In Situ, sachant que notre rôle consistera essentiellement à leur donner envie de lire. Nous allons faire comprendre aux collégiens de Pierre Semard que la lecture n’est pas une activité solitaire et qu’on peut raconter ce qu’on a lu à ses amis.

Les collégiens ainsi que tous les jeunes adolescents de Bobigny auront par ailleurs l’occasion d’enrichir leur réflexion avec l’exposition de Claudine DOURY. Intitulée « Photos d’adolescents, portraits sur l’âge du passage ». L’exposition se déroulera du 6 novembre au 31 décembre de cette année.

Propos recueillis par Léon AWAZI KHAROMON

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L’Alerte incendie de Sandrine Roudeix au collège Pierre Semard à Bobigny !

Pour son acte inaugural au collège Pierre Semard de Bobigny, Sandrine Roudeix crée la surprise.  

Dans un scénario dont seuls les artistes ont le secret, elle a  réussi à attirer tous les collégiens  autour d’elle: Ce matin, 05 octobre, il est  09h30 quand sonne une alerte incendie. Les élèves, encadrés par leurs profs, surgissent de toutes parts et accourent  sous le préau. La consigne de sécurité respectée, les uns et les autres se demandent  dans quel local se situe le foyer d’incendie.  Mais, rien n’indique le moindre départ de feu. C’est alors que, dans cette agitation, Sandrine monte sur une table et se met à lire à haute voix un extrait de son livre « Attendre », édité chez Flammarion.  Surprise et  curiosité se mêlent dans les expressions de visage  des ados. Ceux qui entourent l’artiste du haut de ce plateau de fortune sont visiblement scotchés. Les autres, au fond, voudraient  bien entendre ce qu’elle lit, mais n’y  arrivent pas. Pour cause, la sono, improvisée ce matin, fait des siennes. Qu’importe, Sandrine fera sans. Quitte à se casser les cordes vocales. Ne s’est elle pas fixée pour objectifs, entre autre, d’aider les collégiens, notamment ceux de sa classe de résidence à « mieux se cerner et s’appréhender… », bref  à prendre confiance en eux ?  Donc, il en faudra plus pour la décourager.  Elle est totalement investie dans sa mission et ira jusqu’au bout de sa lecture, gratifiée par des vifs applaudissements à la fin.

Sandrine Roudeix lisant à haute voix un extrait de son livre « Attendre »( Flammarion). Crédit photo / Léon Kharomon

Star malgré elle

Un quart d’heures s’est écoulé depuis l’alerte incendie. Il y a pas eu feu, mais de la culture vive en lieu et place.  Elle est à peine  rentrée dans son bureau  que des collégiens viennent lui solliciter des autographes. Difficile d’échapper au star-système. Même si le secret a été bien gardé par  sa classe de résidence, il est certain que, juste après la fausse alerte incendie,   les langues se sont déliées à Pierre Semard. « C’est la photographe de grands journaux, dont  l’Equipe Magazine, » se sont ils dit. « Elle photographie des stars du foot !, s’étonne une jeune fille, c’est classe, ça fait rêver ! ».Oui, ça fait rêver, mais Sandrine garde les pieds sur terre. Ici, au Collège, elle va travailler sur l’identité. Un défi à relever dans cette « ville-monde » qu’est Bobigny où l’identité se décline au pluriel, si pas à l’infini. Ces ados qui veulent découvrir le monde, en sont parfois bouleversés par sa complexité, comment les aider à se retrouver d’abord eux-mêmes. A cerner leur propre identité qui détermine aussi leur personnalité et leur caractère. Comment les emmener à s’accepter tels qu’ils sont et à assumer le regard des autres. ?

100 portraits photo

Comment  va-t-elle s’y prendre ?  Par la photographie couplée avec la littérature. Pour une classe de 25 élèves, Sandrine va réaliser 100 portraits photos légendés avec des textes écrits autant par elle que par les élèves. A travers  4 planches, chaque élève sera  « vu » en texte et photo par l’artiste, par lui-même et par ses collègues de classe. Ce sera un travail évolutif du début à la fin de l’année.  Le but est de «faire réfléchir les élèves sur l’évolution, la maturation et l’affirmation de l’identité d’un enfant qui devient adolescent, affirme t-elle, on travaillera aussi sur la subjectivité de l’identité de chaque adolescent dans le regard d’un autre adolescent pour voir ce que cela implique comme regard sexué et regard projeté ». Ce travail de réflexion sera couronné par une exposition en juin 2013 à la médiathèque de Bobigny, avec des photos et des textes qui seront lus à haute voix par des élèves le jour de l’inauguration.

Sandrine Roudeix collabore en tant que photographe régulière au Figaro Magazine, au Point, à l’Express et à l’Equipe Magazine. Comme écrivain, elle compte  à son actif deux romans, deux livres de photos et une monographie. En fait, son travail a toujours consisté à scruter  l’image par le texte et vice-versa. Elle compte publier en 2013 un roman sur une femme qui écrit sur une femme photographe et un livre de photos en tant que femme photographe qui photographie des femmes écrivains.

Léon AWAZI  KHAROMON

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In Situ, les artistes dévoilent leurs projets à la Maison des Journalistes

Ils avaient accepté de partager leur savoir-faire avec les collégiens de la Seine Saint-Denis à travers le projet « In Situ ». Certains d’entr’eux piaffaient d’impatience pour vivre cette expérience originale. Quelques uns avaient déjà pris langue avec le corps professoral de collèges où ils vont s’installer tout au long de l’année 2012-2013. Jeudi 27 septembre a été l’occasion pour ces artistes de faire connaissance et d’expliquer brièvement leurs projets respectifs.

La rencontre, conviviale, s’est déroulée dans le XVè parisien, plus précisément à la Maison des Journalistes.Yasmine di Noia et Cathy Losson, les deux chargées de mission qui travaillent d’arrache-pied sur ce projet sous la direction de Dominique Bourzeix, nous avaient envoyé les notes d’intentions des artistes, mais la rencontre à la MDJ a permis aux uns et autres d’apprécier, entre autre, l’humour déjanté de Nicolas Bianco-Levrin, dont les casquettes se déclinent d’illustrateur de bandes dessinées à celle de réalisateur de films d’animation en passant par celle de concepteur de chartes graphiques.

Le 25 septembre, le père de Kroak, ( du nom de sa BD) était en immersion à la médiathèque  Joseph Kessel de Villepinte où il a expliqué à quelques professeurs du collège Les Mousseaux comment va se dérouler sa résidence : « L’idée est de partager les étapes de réflexion avec les jeunes en mettant en scène l’avancement sur les carnets de croquis qui le permettent de fabriquer mes histoires. Il s’agirait de mettre ces jeunes en situation de recherche, soit sur un projet en groupe, soit sur des projets personnels.(…) Tout au long de la résidence, je tiendrai à disposition l’avancement de mes recherches ».lit-on dans sa note d’intention. Ces carnets de croquis, fabriqués et reliés par lui-même, permettent à Nicolas de saisir les instants de son inspiration afin de ne pas en perdre une miette.

A tour de rôle, parfois dans un anglais très « frenchy » destiné aux résidents anglophones de la MDJ, les artistes expliquent leurs projets. Les uns aussi originaux que les autres. A l’instar des Dissonances qui comptent partager leur expérience d’un orchestre « sans chef » avec les collégiens de Joliot-Curie à Pantin, ou encore la Revue éclair, dont les trois membres ont l’intention de construire ensemble avec les collégiens de Jean Zay à Bondy, une œuvre qui sera « le fruit des affinités partagées sur le terrain » tout au long de la résidence.

Pour sa part, Sandrine Roudeix, écrivain et photographe de presse, s’intéresse à la question de l’identité. Elle compte, à travers la photo et l’écriture de l’image, aider les collégiens à percevoir leur identité, à mieux se cerner à travers leur propre regard et celui de leurs entourage, que ce soit à l’école, dans le cercle familial ou ailleurs. Sa démarche se veut à la fois artistique et pédagogique. Elle reste cependant délicate au regard de la complexité avec laquelle se pose la question de l’identité  en Seine-Saint Dénis où plus de 80 nationalités cohabitent au quotidien.

Conscient, à la fois de la richesse et du défi que représente cette diversité, le Département de la Seine-Saint Denis  a lancé en 2007 le projet In Situ qui vise à promouvoir l’éducation artistique et culturelle dans les collèges. Dix artistes prennent leurs quartiers dans autant de collèges en raison, au moins, d’une  journée par semaine durant toute l’année scolaire.

Ensemble avec les collégiens, ils élaborent des projets autour d’une thématique fédératrice qui nécessite, bien évidemment l’implication du corps enseignant. In Situ, à la différence d’autres projets du genre, ne se déroule pas en marge des activités scolaires. Il s’inscrit entièrement dans le calendrier « normal » de l’année scolaire.

Léon AWAZI KHAROMON

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