Une ambiance de « Bidule » au collège Claude-Debussy

A la demande d’Olivier, les élèves ont pu  imaginer ce que serait la ville d’Aulnay-sous-Bois dans 100 ans, sans l’usine PSA, emblématique d’une France industrielle où, hélas, les hommes sont passés sous le joug des robots. La chronique d’une fermeture annoncée du site de fabrication automobile a inspiré cet artiste qui, avec les élèves de la 3ème du collège Claude Debussy, en a  tiré la trame de 4 courts dramatiques  sur ce ton drôle et ce regard  décalé, mais avec la même causticité de ses « Bidules » diffusés sur Canal Plus en 2000.

« Papa Bob »

10 ans plus tard, appliquée à « Papa Bob », un des trois courts métrages  diffusés lors de  la restitution, la recette reste magique avec, en voix off, André Vims, un grand comédien de théâtre : « Bulletin d’info robotisé du 16 septembre 2112, les robots parlent aux robots. Aujourd’hui, est un grand jour de réjouissance électronique. Nous fêtons les 50 ans de la transformation des usines PSA par Bolt Inc. Corporation. En ce temps-là, les robots étaient des domestiques des humains, et étaient bien souvent maltraités. Des créatures de nos mécaniques nous contrôlaient. Heureusement,  l’un d’entr’eux, Robert Bob Barry, un des ingénieurs du PSA, croyait en nous plus qu’en des humains. Dans ses veines coulaient du sang, mais dans son cœur coulait du mercure. Papa Bob, nous t’aimons bien. Sans toi nous ne serions plus rien. Tu es toujours vivant en chacun de nous. C’est toi qui as fait basculer le monde… C’est grâce à toi que nous avons occupé les emplois dont les humains ne voulaient plus et que nous les avons remplacés. Quel bonheur de vivre dans un monde totalement organisé sans émotion….».

Olivier Babinet

Quatre élèves, Aron, Adama, Illal et Ilies y ont travaillé toute l’année sous la direction de l’artiste. Leur tâche a consisté d’abord à imaginer Aulnay-sous-Bois dans 100 ans et de créer une petite histoire.  La même tâche a été confiée aux 3 autres groupes  qui ont imaginé Aulnay en  « China Town »  en « Zombies sous Bois » ou encore Aulnay devenu  « Le Cerveau du monde ». Ce petit dernier film pourrait se lire aussi comme la chronique d’un scandale annoncé du système d’écoutes « sans frontières » élaboré par une puissante  agence américaine de renseignement. Mais dans le film, ce n’est plus les USA qui « écoutent » tout le monde. C’est  plutôt un puissant  émir arabe qui a racheté Microsoft et toutes les données informatiques pour les installer dans l’usine désaffectée de PSA.

L’air du temps

C’est aussi cette façon particulière de flairer l’air du temps, de l’anticiper au besoin, que l’artiste a voulu partager avec ses apprentis cinéastes. D’abord individuelles, ces histoires ont été mises en commun  et soumises à discussion pour aboutir à 4 synopsis  pour 4 groupes. Chaque groupe devait trouver des photos pour illustrer ses histoires. Les élèves ont mis en scène certaines photos et ont pu  fabriquer des décors et des personnages recourant, quand il le fallait, à des images libres de droit disponibles sur internet.. Ils ont pu également  proposer le générique du film avant de travailler sur le montage son et image. Autant dire qu’en une résidence, la fabrication d’un film n’a plus de secret pour ces adolescents qui ont tissé des liens très étroits avec Olivier Babinet. Autodidacte et fidèle à sa philosophie, l’artiste a préféré mettre tout de suite les élèves  dans la pratique plutôt que dans la théorie. « Le cinéma, il faut le faire pour le comprendre » déclarait-il en début d’année. Comme pour dire que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Dans la même veine, il se propose de réaliser un clip sur la  « sonnerie musicalement détournée » servie en acte inaugural  de sa résidence dans ce collège.

olivier

Même si par moment il s’est senti « perdu en cours de route », Olivier Babinet se dit très satisfait du résultat final obtenu avec les élèves. La résidence In Situ lui a permis de prendre un bain de jouvence. « J’ai l’impression d’avoir rechargé les batteries pour plusieurs projets » affirme t-il. C’était important de capter au maximum leurs idées au vol, d’en faire des liens. Mais aussi de mesurer leurs angoisses, leurs incertitudes et leurs préjugés face à l’inconnu.  Comme pour « China Town », les élèves appréhendaient d’aborder le vendeur  chinois du magasin Paris Store, croyant qu’il était forcément méchant, parce que « trop réservé ». Mais ils ont été surpris par sa gentillesse en l’abordant et en lui demandant de prendre de photos de son magasin. Ils arrivaient toutes les semaines avec leurs clés USB chargées de nouvelles photos et allaient travailler dans l’atelier d’Olivier pour sélectionner les meilleures susceptibles de figurer dans le film. Avec Sarah Logereau, la professeure de français, Olivier les a  encouragés  à regarder quelques films pour trouver l’inspiration de l’écriture. A partir de ce moment, les inquiétudes ont laissé place à l’espoir et la résidence a réellement pris corps. Des ateliers d’écriture ont succédé à des séances de lecture de récits, avant que les élèves ne partent à la recherche des photos. Une démarche totalement pragmatique qui  les a séduits et même suscité des vocations.

Léon KHAROMON

                                    «  In situ, c’est du cousu-main. »

Dominique BOURZEIX est le responsable de la mission la Culture et l’Art au collège. Il nous livre ses impressions sur la résidence In Situ qui s’achève et les perspectives pour 2013-2014. Interview.             

       Nous voici  au terme de l’édition In Situ 2012-2013, quelles sont vos impressions ?

La restitution nous donne l’occasion de prendre la mesure de  la richesse de ce qui s’est passé. La générosité dont ont fait preuve les artistes, les professeurs ; la confiance des élèves…c’est ce qui nous donne envie de recommencer encore. Jusqu’à présent, on a jamais eu l’impression que ça tournait en rond où qu’on touchait aux limites de quelque chose.

L’aventure In situ pouvait paraître au début  de l’année comme une sorte de hors-piste. Avez-vous  eu, à un moment donné, une appréhension particulière  par rapport aux objectifs fixés ?

En fait ça dépend des résidences. On doit être dans une relation de confiance absolue vis-à-vis des artistes et vis-à-vis des collèges. En tous cas, si ce n’est du hors-piste,  je dirais plutôt c’est du cousu-main. Chaque fois il faut vraiment construire un cadre particulier qui va permettre au projet artistique de nos invités de pouvoir s’épanouir et donner sa pleine mesure. On sait par exemple que pour le cinéma, comme le disait Olivier, on ne va pas être  sur  le même que celui d’une création théâtrale ou dans d’autres formes d’arts, comme la photographie par exemple. Pour celle-ci, on a la possibilité dans l’espace d’une année, de partager un processus de création « complet ». Le cinéma, c’est un temps beaucoup plus long. Donc, là, on savait que c’était un temps de poursuite et de développement du scénario d’Olivier. En effet, il n’a pas été au-delà, mais c’était quelque chose qui était déjà identifié. Après surgissent des idées nouvelles. Comme la réalisation d’un clip de la semaine prochaine. Mais aussi ces travaux d’élèves qui n’étaient pas forcément envisagés sous la forme de très courts métrages et se présentent comme une forme intéressante. Parce que ça fait écho à des travaux précédents d’Olivier quand il était réalisateur d’une série qui s’appelle « Le Bidule » sur Canal Plus. Ce travail là , dix années après, tout d’un coups, c’est comme une belle référence à quelque chose qui a eu beaucoup de succès à une époque.

Peut -on dire que les objectifs ont été atteints dans toutes les résidences ?

Les objectifs, quels sont-ils en fait ? Ce n’est pas de respecter à la lettre un cahier des charges, par ailleurs nécessaire à la bonne avancée des projets. C’est d’avoir posé une ambition. On s’est dit que personne ne s’économiserait. Et que chacun irait chercher là où il n’a pas encore été pour essayer de faire de cette année- là une succession de moments singuliers. En cela, chacune des résidences est une réussite, même celles qui ont pu paraître parfois flottantes. Les artistes ont droit à l’hésitation, à ne pas toujours savoir où ils vont. C’est une chose qu’on s’autorise dans In Situ. Sinon, ce n’est pas la peine d’aller inviter des artistes.

Pour l’année prochaine, les choses se mettent-elles déjà en place ?

Oui, tous nos artistes sont choisis et il y a de belles propositions. J’en ai une en tête, comme le groupe Mendelson qui va faire une belle résidence. Nous en sommes à l’étape suivante qui est de prendre contact avec les collèges pour leur proposer de participer au dispositif.

Propos recueillis par Léon KHAROMON

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