Archives mensuelles : juin 2013

Symphonie des sons et des couleurs

Après avoir familiarisé les élèves  avec son langage et son expression graphique,  Anne Flore Cabanis a pu amorcer la dernière phase de son projet : l’installation.  L’expérience des mini-maquettes en boites à chaussures aura permis aux élèves d’expérimenter  leurs propres propositions de tensions et de mises en volume des lignes qu’ils ont décorées.  La salle de techno, l’atelier d’Anne Flore, la salle de musique, et la salle d’arts plastiques serviront ainsi de salles d’installation.

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Procédure

Pour ce faire, ils ont relevé les mesures de chaque local et ont cherché la bonne conversion pour en faire un plan à l’échelle de chaque salle. Pour construire  les maquettes sur des grandes feuilles de carton, ils ont multiplié le plan par deux.  Puis, avec une feuille de calque sur le plan, on leur a fait dessiner une proposition de mise en 3D de lignes, en s’imaginant dessiner leurs boites de chaussures vues du dessus. La dernière étape a consisté à la réalisation dans la maquette du dessin réalisé sur calque.  Les propositions des élèves devraient  s’adapter à différentes contraintes, notamment  celle d’utilisation de la salle. Ne pas gêner le bon déroulement des cours dans les salles choisies pour l’installation. Mais aussi tenir compte des contraintes techniques.

A titre d’exemple, ne pas mettre d’accroches sur les vitres de fenêtres, ou encore sur les plafonds dont la paroi n’est pas solide. Tenir compte des dispositifs de sécurité, ne pas gêner les détecteurs de fumée ou les espaces minimum d’évacuation… Bref, savoir adapter son travail à la configuration de la salle. Avant de passer à la réalisation de l’installation, les élèves ont dû mélanger des pigments avec de l’acrylique pour colorier les élastiques.

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Des pistes sonores

Ils vont coller des capteurs de mouvement sur les élastiques. Une fois touchées, ces dernières créent un évènement sonore.  Chaque capteur est donc relié à un élastique qui lui transmet une information. Celle-ci est ensuite transmise par un câble USB à l’ordinateur. A ce niveau,  un logiciel permet de transmettre les variations de paramètres plus au moins forts en actions. C’est Nicolas Charbonier, un plasticien sonore qui va s’occuper de cet aspect technologique. Ce logiciel ne produit pas que du son à partir de variations de paramètres. Il peut produire des mots, des bruits, etc… Les élèves ont écrit un poème en cours de français que le prof de musique  a enregistré.  Anne Flore va se servir de ce son et de ces mots pour  les insérer dans des pistes sonores. Ils vont donc retrouver leurs mots modifiés par les mouvements élastiques. Il est prévu aussi des enregistrements des univers sonores du collège tels que la sonnerie, les bruits de tables, de chaises, et pourquoi pas ceux de la cantine. C’est ce dispositif qui servira d’installation à la fête de l’école le 15 juin.

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Léon Kharomon

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Modèles réduits pour grande installation

Dans l’atelier d’Anne Flore Cabanis, les élèves s’affairent autour des boites à chaussures.  L’atmosphère quasi ludique n’enlève en rien au sérieux qu’ils mettent  à croiser et entrecroiser des fils  pour obtenir des figures dessinées au préalable. Ace stade, ils ont compris le principe du travail et saisi  les contours du projet  développé par l’artiste : mettre en œuvre le processus de réalisation d’une création. Il s’agit en fait de faire comprendre que toute  œuvre artistique est le fruit de l’imagination à laquelle s’associent des principes techniques très stricts. On part d’une idée, on la dessine telle qu’on l’imagine. S’ensuit une esquisse, avant  la réalisation grandeur nature.

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D’où l’idée de fabriquer ces mini-maquettes en boites à chaussures ramenées par les élèves eux-mêmes. « On a fait du dessin purement graphique à la façon de l’Optic’art. De sorte qu’ils comprennent un peu mes démarches en dessins, très répétitifs, presque obsessionnels.  Ils se sont prêtés au jeu et cela a donné des choses vraiment chouettes » se réjouit Anne Flore. L’artiste reconnait le caractère très conceptuel de son art. Ceci nécessite à la fois introspection  mais aussi projection dans le réel pour aboutir à une installation concrète. Ce double exercice n’a pas toujours été  facilement compris par des élèves qui se sont sans doute laissé emporter par le côté un peu ludique du projet. Tels ces tracés multicolores installés au début de l’année dans le hall de leur bâtiment et qu’ils se sont vite appropriés comme espace de récréation. Mais la partie conceptuelle, qui nécessite concentration, imagination et discipline n’était pas aussi drôle qu’ils pouvaient l’imaginer. Ils commençaient à décrocher, n’eut été le recadrage de Anne-Flore, aidée par Samira Horri, leur professeure d’Arts Plastiques.  Depuis, tout est rentré dans l’ordre. A en juger par l’enthousiasme de  Mohamed Kaba, 5ème B : «Cet atelier me plait par ce que ces maquettes sont virtuelles. On s’imagine tout petit dans une salle avec des fils colorés tout autour de nous. Ma maquette servira pour la salle de techno.  Je me rends compte que c’était pas aussi difficile de prendre les mesures, il fallait juste écouter la professeure ».

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Aussi, chaque élève s’est- il appliqué  à réaliser la plus belle maquette qui devrait remporter les suffrages du groupe. A l’issue du vote, quatre maquettes  sélectionnées vont  servir de modèles pour l’installation d’élastiques dans les quatre salles, à savoir : l’atelier d’Anne-Flore, la salle d’Arts Plastiques, la salle de musique, et la salle de technologie. Les maquettes ne sont pas encore totalement terminées à ce stade. Il manque des fils par ci par là. Anne Flore les leur donne. Elle leur demande d’y mettre tout le soin possible. C’est la meilleure du groupe qui sera retenue pour servir d’expo. « Activez-vous, si vous voulez prendre de l’avance, c’est maintenant »

Léon Kharomon

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La Cité de la musique sous le charme des Joliot-Curie

Restitution de la résidence in situ

Jeudi 23 mai,  17h30. Quelques jeunes filles de la classe de référence attendent patiemment l’arrivée de leurs collègues pour le concert de ce soir. Dix minutes après, les garçons arrivent, la plupart sur leurs trottinettes. Plus que trente minutes les séparent de l’heure de vérité, celle à laquelle, ensemble, ils vont restituer, devant le public, dont leurs parents, le travail de longue haleine abattu durant toute l’année scolaire avec les Dissonances.  8 mois de labeur pour apprendre les rudiments de la musique. Comment tenir un instrument de musique, en prendre soin chez soi à la maison,  gratter quelques notes, apprivoiser l’archer, et s’imposer la discipline et la rigueur nécessaires pour s’imprégner l’esprit d’équipe indispensable à un orchestre. En début d’année, ils étaient venus en spectateurs ici, à la Cité de la musique. Pour la plupart, c’était la première fois qu’ils assistaient à un concert de musique classique. L’ennui se lisait quelque peu sur leurs visages.  Au fil du temps, avec l’aide du violoniste Alain Martinez et de son complice Benoît Faucher, les élèves ont pris goût  à ce genre de musique un peu inhabituel à leur playlist. Mais, ça, c’’était il y a 8 mois.  Ce soir, ils ne sont pas venus en spectateurs. Ce sont eux les acteurs de la soirée. Des petits musiciens en herbe qui prennent très au sérieux le rôle que chacun va devoir jouer dans quelques instants.  L’exercice sera d’autant plus délicat qu’ils vont jouer dans le hall, avec ce que cela comporte comme résonnance sonore. Il faudra faire avec. Comme dans la vie, ce sont des aléas qu’il faut savoir surmonter. Dans les coulisses, ils troquent leurs habits contre des tee-shirts noirs frappés du logo de la Cité de la musique. Ils essayent de surmonter le stress comme ils peuvent. En se lançant mutuellement des vannes. Mais, très vite, le calme reprend le dessus. Dans la salle, plus précisément dans le hall, les invités ont pris place. Il est 19h. On peut y aller.

La première symphonie de Gustave Mahler, jouée sur un ostinato, une sorte de procession d’élèves violonistes, ouvre le concert. Pendant ce temps, les violoncellistes  attendent dans le hall. Une fois les deux groupes réunis dans le lieu, ils enchaînent avec le même morceau, mais au troisième mouvement, sur le thème de « Frères Jacques » en mineur. C’est avec ce thème qu’ils ont débuté les ateliers de la résidence. Ce thème peut se jouer en canon et s’avère très riche dans sa construction.

Il y aura aussi un peu de polyphonie ainsi que des pizzicato, une façon particulière de jouer du violon en pinçant les cordes, avec ou sans l’archer …. Voilà pour l’entrée sur scène. Pour le plat consistant, les « Joliot-Curie » vont jouent  3 morceaux : Deux symphonies, dont une de Mahler, suivie de celle de Georges Frederique  Hendel. Celle-ci est une sarabande, sorte de danse de la Renaissance, qui  aura plutôt servi de thème de variation. S’ensuit après un rythme corporel  (Body clapping) sur une variation de Frank Bridje pour  permettre aux élèves de créer du rythme en frappant juste leurs corps. Ainsi ont-ils pu terminer leur spectacle sur un air irlandais avec quelques musiciens professionnels des Dissonances venus les rejoindre sur scène à la fin de cette programmation musicale à vocation essentiellement pédagogique. Le but était de montrer au public l’évolution des élèves depuis le  début de l’année. Au bout de 20 minutes de prestation, à en juger par les applaudissements, on peut dire que le public est tombé sous le charme.

Léon Kharomon

Ils ont dit :

 

« L’association d’une institution culturelle comme la Cité de la musique à  l’ensemble musical qu’est Les Dissonances, en lien avec les élus politiques du Conseil général et le collège a réellement produit un travail collectif autour de l’art et la culture. Chacun trouve sa place et joue un rôle complémentaire dans ce projet. La Cité a permis aux enfants de découvrir le milieu de l’orchestre à travers des ateliers pratiques, des répétions, des sorties et des concerts éducatifs. C’est la première fois qu’on implantait un ensemble musical au sein d’un établissement. Et c’est quelque chose qu’on a envie de renouveler parce qu’on trouve que c’est extrêmement complémentaire avec l’aspect pratique. La Cité de la musique a la volonté de travailler la saison prochaine avec le collège Joliot-Curie dans le cadre d’un autre projet pédagogique axé sur la pratique vocale et instrumentale. Concrètement, un projet de comédie musicale autour des Misérables de Victor Hugo. Il y a un lien de proximité qu’on doit tisser avec ce collège. On a envie que les enfants et leurs parents viennent régulièrement découvrir ce qu’est la musique ». Julie David, Responsable de concerts éducatifs à la Cité de la musique.

« L’effet est absolument incroyable, au-delà de la production qu’ils ont pu nous montrer ce soir. On est ravi de ce projet qui a eu des effets sur leur scolarité » Mme  Vandard, Principale du collège Joliot-Curie.

« Ce soir, c’est le grand jour. Cela a été un travail de longue haleine. La résidence a permis une ouverture culturelle chez les élèves. Ils ont pu rencontrer plein de musiciens d’horizons différents et qui avaient chacun une histoire particulière. Ils ont vécu de l’intérieur un milieu professionnel. Ce soir, ce sont eux les professionnels. La force de la résidence In situ, c’est le contact entre les élèves et les artistes et la fréquence de ces contacts. On y développe un projet à grande échelle, que nous encadreurs, pouvons suivre. On a retrouvé une cohésion très forte entre les élèves à travers ce projet. On a été vraiment dans le domaine de l’art. J’en suis fier, car c’était un grand honneur pour moi de porter ce projet ». Anne Thunière, Professeure d’éducation musicale.

«  C’était vraiment super. C’est presque la fin de l’aventure. Mais pas totalement. On sera là encore avec les élèves le 21 juin pour la restitution des ateliers organisés par la Cité de la Musique ». Alain Martinez, musicien.

« J’ai l’impression de sortir d’un music-hall, je suis ravi. Les élèves ont très bien travaillé. Il y a avait certes une petite appréhension avant, pour les élèves et pour nous, à savoir si les choses apprises durant l’année allaient être bien rendues. C’était une des meilleures fois que je les voyais aussi concentrés. Pour la suite, on verra si il y en a qui veulent plus tard continuer au conservatoire. On a encore un petit mois où on pourra parler avec eux ». Benoit Faucher, musicien.

« Il y a eu beaucoup de travail de fait. Une belle évolution par rapport au début. C’est impressionnant, la différence avec le début. A la maison, au début, c’était dur pour les oreilles. Et puis, ça s’est amélioré au fur et à mesure. J’espère que pour ma fille, elle aura peut-être envie de continuer ». Parent d’élève.

« J’avais un petit aperçu durant l’année, et là je suis venue pour la finale. Je viens de passer un moment très agréable. C’était un peu difficile au début, mais on s’est vite apprivoisés, parce que j’aime bien la musique classique que j’écoute tous les soirs d’ailleurs. C’est une musique reposante. Si ma fille veut devenir musicienne, je vais l’encourager dans ce sens ». Parent d’élève

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Sur leurs trottinettes, les élèves arrivent à la Cité de la Musique ( Crédit Photo/ Léon Kharomon)

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Dans les coulisses, on se détend comme on peut pour surmonter le trac ( Crédit photo /Léon Kharomon)

Entrée sur scène des « artistes » sur un Ostinato de Gustave Mahler ( Crédit Photo /Léon Kharomon)

Entrée sur scène des « artistes » sur un Ostinato de Gustave Mahler ( Crédit Photo /Léon Kharomon)

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La classe de référence veut en savoir plus

Après avoir raconté son parcours et expliqué démonstration à l’appui, toute la richesse et la subtilité du violon, son instrument de prédilection, David Grimal a bien voulu répondre aux questions des élèves.

Comment travaillez-vous avec les  « Les Dissonances ?

Avec les Dissonances, vous le savez, il n’y a pas à proprement parler de chef d’orchestre, c’est-à-dire quelqu’un qui serait là pour battre de la musique. Donc, cela nécessite beaucoup de concentration. Dans ce groupe, on essaye de travailler sans trop se préoccuper de la hiérarchie. Ce système offre certes de  la liberté  aux musiciens, mais exige de chacun d’eux beaucoup de responsabilité en même temps. En fait, à l’époque de Bach, la musique se jouait sans chef. A ce jour, Les Dissonances sont le seul groupe sans chef.

Pourquoi avoir choisi d’appeler votre groupe  « Les  Dissonances »  alors que Dissonance peut aussi dire « discordance, manque d’harmonie ?

Je l’ai appelé « Les Dissonances », simplement parce que le métier de la musique classique tel qu’il se pratique ne me plait pas beaucoup. J’ai voulu créer quelque chose de différent. C’est Dissonances par ce que ça ne rentre pas en résonnance avec ce qui existe. C’est différent. On a commencé en petit groupe de vingt ou vingt-cinq musiciens, jouant des symphonies de Mozart. Je connaissais plein de musiciens.

Comment devient-on membre des Dissonances ?

On ne fait pas, comme pour les autres orchestres, des auditions ou des concours d’entrée. Aujourd’hui, c’est trop difficile d’intégrer un orchestre. Pour une audition, vous pouvez vous retrouver avec 200 musiciens qui savent tous bien jouer d’un instrument.  J’ai procédé par cooptation. On fait confiance aux gens. C’est l’amitié qui joue. Les gens qui ont du talent, amènent toujours des gens bien avec eux. C’est comme une bande de copains. 

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Plusieurs musiciens se sont succédé aux ateliers. Ici, le hautboïste Alexandre Gattet jouant avec Alain Martinez. ( Crédit photo/ Léon Kharomon)

Pensez-vous avoir atteint vos objectifs avec nous ?

Dans le cadre d’In situ, l’objectif était de créer chez les élèves un désir   d’apprendre et une ouverture sur le monde de la musique classique qui est peut être un petit peu loin de votre vie de tous les jours. Une fois qu’on a senti cet effort chez vous, pour nous (Les Dissonances) c’est formidable, parce que ç’est devenu un échange.

Propos recueillis par Léon Kharomon

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Le Stradivarius de David Grimal

En entrant ce jour- là au collège Joliot-Curie, David Grimal s’est rappelé du sien, à Thiais, dans le 94, en banlieue parisienne. «Il y avait deux classes musicales pour des musiciens en herbe », se souvient –il. «  J’ai fait ça pendant trois ans. Je m’échappais pendant les récrés pour travailler mon violon dans les toilettes ». Pour s’adonner à sa passion, il choisit plus tard un collège où l’on  organisait des classes à mi-temps : Le matin à la maison pour faire du violon et les après- midi, il rejoignait les autres élèves pour suivre le programme « normal ».

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Le virtuose montre aux élèves toutes les subtilités du violon ( Crédit photo / Léon Kharomon)

A 16 ans, il s’inscrit au conservatoire de Paris et en ressort trois ans plus tard, soliste, jouant tantôt avec un orchestre, tantôt seul, «comme je vais le faire ce soir dans une église». L’écho de son talent franchit les frontières de l’hexagone. David est alors invité à se produire dans des salles prestigieuses du Japon, de Chine, des Etats-Unis, etc… En même temps, avec des amis, il a l’idée de créer « Les Dissonances ». « Une bande de potes » qui peuvent se retrouver à 50 ou 60 musiciens sur scène. Son nom et son être sont devenus indissociables de la musique, qu’il enseigne par ailleurs en Allemagne. Il est rare de rencontrer cet artiste sans son instrument de prédilection : un violon. Mais pas n’importe lequel, un stradivarius. Celui que David Grimal sort avec beaucoup de précaution de sa housse est une pièce particulière. De par sa longue histoire. En effet, ce violon date de 1710, époque où le luthier italien Antonio Stradivari, atteint le sommet de son art. Voilà trois cents ans que cette pièce passe de main en main, en gardant toute sa magie. Aujourd’hui, il reste à peine une centaine de stradivarius d’origine dans le monde. Sur ce violon un peu « spécial », David joue avec un archer spécialement fabriqué à Paris par Pierre Grimberger. « Cet homme a compris que l’archer, c’est comme le pinceau du peintre. Il a un rôle très important. Car, c’est avec l’archer qu’on va « peindre » toute la musique » explique t-il. Et d’insister auprès des élèves : « Quoi que vous fassiez, c’est la qualité du travail qui fait la différence. ». Le luthier qui a fabriqué ce violon reste jusqu’à présent le meilleur de tous les temps. Parce qu’il savait sculpter le bois mieux que les autres, il savait y mettre un vernis plus beau que les autres. A cette époque, à Cremone,(en Italie) les architectes construisaient des magnifiques palais décorés par des peintres extraordinaires. Stradivarius fabriquait un violon comme on construisait une église, avec le plus grand soin que cela exige. L’artiste exhorte les élèves à cultiver le goût du savoir et de l’effort. « Plus on s’intéresse, plus on connait, mieux on comprend ». Ne pas se décourager au moindre obstacle. Toujours aller de l’avant. Pour David Grimal, la musique classique, c’est comme un sport. C’est certes difficile, mais ça vous permet de vous dépasser. « Au début, c’est difficile, mais plus on le fait, plus ça devient intéressant, et au bout d’un moment, on ne peut plus s’arrêter ».
Le violon offre tellement de possibilités. On peut jouer avec une seule corde, comme avec plusieurs, et produire plusieurs sons à la fois. Preuve à l’appui, il s’imagine dans un concert et reproduit avec son seul violon tantôt le son d’une harpe, tantôt celui d’une clarinette, et explique comment tous ces sons peuvent se combiner, chacun attendant son tour bien sûr, pour produire une pièce musicale harmonieuse. La fabrication du violon n’a pas changé depuis trois siècles en dépit de l’évolution fulgurante de la technologie du son. C’est dire, combien haut, Antonio Stradivari, dit Stradivarius, a placé la barre pour fabriquer le petit instrument à 4 cordes.

Un conte de fée

Fabriqué en 1710 pour le Roi d’Espagne qui commanda deux quatuors de stradivarius, c’est-à-dire quatre violons, l’exemplaire que détient à ce jour David Grimal fut ramené d’Espagne comme « butin de guerre » par Roederer, un lieutenant de Napoléon, violoniste à ses heures perdues dans la ville du Havre. Ensuite, ce violon fut acheté en 1923 par un Arménien, manager de concert, pour son amoureuse. Cette dernière en a joué jusqu’à la fin de sa vie. Mais le violon a continué de passer de mains en mains à New-York, en Suisse, etc…jusqu’à David Grimal. Comment ? : « Etudiant au conservatoire de Paris à 19 ans, je commençais à faire parler un tout petit peu de moi. Mon prof de musique, Régis Pasquier, allait donner un concert à Bordeaux. Ce jour-là , il est resté bloqué dans les embouteillages. Et tout d’un coup, il voit une autre voiture à côté de lui, avec un archetier qui le saluait. Ce dernier lui dit qu’il connaissait un mécène venu de Suisse acheter un Stradivarius pour un jeune violoniste français. Ils prirent rendez-vous au concert et là le professeur Régis Pasquier me présenta comme son élève. Le prof ne croyait pas trop à ce qui ressemblait à un conte de fée » raconte David Grimal. Et puis, après quelques essais de différents types de violons devant le mécène où David joue avec son prof, c’est à l’hôtel Royal Monceau à Paris que finalement le contrat de cession sera signé. A l’époque, David Grimal joue sur un violon vénitien gagné lors d’un concours. C’était pour un bail de 2 ans. Donc, il n’avait pas de violon à lui. Ce soir-là, avant de dormir, tellement content et ne croyant pas ses yeux ce qui venait de lui arriver, il posa le stradivarius sur le canapé de travail de son oncle, un psychanalyste chez qui il vivait à l’époque. Mais, un jour, après quelques années, son mécène, un Argentin travaillant dans le café, voulut reprendre son violon pour le revendre. Panique ! Que faire pour sauver le musicien Grimal ? In extremis, quelques amis et connaissances réussirent à lui trouver des mécènes, racheter ce bijou à l’Argentin pour permettre à David de garder ce bijou. Ce violon coute si cher pour que, lui, pût l’acheter. « Nous sommes dans une société où on ne parle que d’argent. Finalement ça ne veut plus dire grand-chose. Ce qui fait la valeur d’un violon, ce n’est pas sa valeur pécuniaire, mais plutôt le son qu’on peut produire avec. On n’est pas là pour posséder les choses, on est là pour s’en servir » remarque t-il. David Grimal joue de ce stradivarius depuis 20 ans. Peu importe qu’il ne lui appartienne pas. « J’ai de la chance que mon mécène m’ait rassuré d’en jouer à vie » se réjouit-il.
Léon Kharomon

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La générale avant la Cité de la musique

A la veille des  vacances d’avril, une certaine effervescence règne dans les escaliers qui mènent au deuxième étage du collège Joliot-Curie de Pantin. Après un hiver interminable, ils ont hâte de prendre deux bonnes semaines pour profiter de premiers rayons de soleil du printemps. La  classe de référence In situ voudrait bien en profiter aussi. Mais le printemps en aura décidé autrement. Tant pis. Pour l’instant, les élèves savent qu’avec les Dissonances, ils ont amorcé la dernière ligne droite vers le concert  du mois de mai. L’heure de la restitution approche.

 Simulation

Ce matin, dans le couloir, nous en rencontrons une partie en file indienne, les violons bien tenus.

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Dans les couloirs du collège, les élèves s’imaginent à la Cité de la Musique. ( Crédit photo : Léon kharomon)

Alain Martinez ne se fait plus trop de souci sur la tenue des instruments. On est loin de premiers ateliers In situ où il devait expliquer et réexpliquer, exemple à l’appui, comment tenir un violon, un violoncelle, une contrebasse…Ils ont fait du chemin, ces élèves ! Faire corps avec l’instrument n’a plus de secret pour eux. Reste à peaufiner le spectacle proprement dit. Benoit Faucher imagine un scénario où le couloir du collège sert d’espace de procession vers la salle. Le premier groupe d’élèves, violonistes, marcheront à l’Ostinato, tandis que l’autre groupe d’élèves violoncellistes attendront dans la salle. « Vous déambulerez dans le couloir en vous dirigeant vers la salle. Chacun doit savoir, dès ce moment, qui sera son voisin le jour du concert »  Tout doit se préparer et se régler à la seconde près. La musique classique ne s’accommode pas trop avec l’improvisation. A son tour,  Alain Martinez rappelle aux élèves du  groupe 1 qu’ils vont jouer la première cellule durant toute la procession, tandis que leurs collègues violoncellistes du groupe 2 joueront le thème musical. « D’ailleurs,c’est quoi la première cellule ? » demande t-il aux élèves : «  Do, ré, mi, fa, sol… » répondent- ils en chœur.   Une fois qu’on sera dans la salle, on restera à côté de sa chaise, debout, pour enchainer directement avec un autre morceau. Une fois que tout le monde est installé, on s’arrête ensemble. Ensuite, le groupe Ostinato va jouer 8 temps, tandis que le groupe 2 renouvelle deux fois le thème musical en canon. L’ostinato, même s’il peut paraître répétitif, n’est pas à négliger. C’est la pierre angulaire de la sarabande.

 

Cerise sur le gâteau

Alain Martinez et Benoit Faucher ont l’habitude d’inviter entre 11h et midi, un musicien des Dissonances pour expliquer et jouer chaque fois d’un instrument nouveau devant les élèves. Au fil des ateliers, la panoplie d’instrumentistes s’est étoffée. Ainsi, ont-ils apprécié la contrebasse jouée par Grégoire Dubruel, avant qu’ Alexandre  Gattet ne les étonne avec son hautbois. La Clarinette de Gaëlle Burgelin, et le saxophone joué par Alexandra Grimal les ont également enchantés. Aujourd’hui, David Grimal est venu « animer » la tranche 11-12h. Pour Benoit Faucher, c’est une « cerise sur le gâteau » que le virtuose du violon, responsable de l’ensemble « Les Dissonances » fasse le déplacement au collège Joliot-Curie, en dépit de son agenda chargé. Plus de doute, à cet instant, on sait que le concert se profile. Les élèves ont bien progressé. Ils savent qui va jouer de quel instrument et à quel moment précis il va jouer sa partition le soir du grand rendez-vous dans le hall de la Cité de la musique. La perspective de jouer devant un public les motive davantage. Ils ont envie de bien faire. Et cela engendre naturellement un peu de trac. « Mais, cela fait partie de leur progrès » rassure Alain Martinez.

Léon Kharomon

 

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