C’est qui, le chef ?

Portraits croisés du genre au Maghreb et chez les Bozho, en Chine.

A travers deux films documentaires portant, l’un sur une famille marocaine installée en France et l’autre sur les Mozo, une peuplade  de quelques dizaines de milliers de personnes habitant les haut plateaux de l’Himalaya, au sud de la Chine, L’ethnologue Mourad Hakmi  attire l’attention des élèves sur la diversité des modèles sociétaux. « Un modèle, c’est un exemple à suivre. Cela ne veut pas dire que tout le monde le suit » précise t-il. C’est comme un règlement. Il y a des traditions, mais tout le monde ne les suit pas, ou pas tout le temps. Dans la famille Madhani, par exemple, les hommes et les femmes se différencient par leurs activités : la femme cuisine, l’homme va chercher du bois pour la cuisson. La conversation dans la famille est un marqueur de différence homme-femme. Avec la mère, les filles parlent de cuisine, des enfants, etc..alors qu’avec leur père, elles changent complètement de sujet. Toujours chez les Madhani, on remarque que Monsieur et Madame ne sont ensemble que pour déjeuner. Le reste du temps, chacun reste de son côté. Madame est le plus souvent au salon et dans la cuisine, alors que monsieur passe son temps au jardin. Madame mène des activités d’intérieur, et Monsieur est à l’extérieur. L’habillement est un autre signe distinctif du genre. Madame garde son foulard alors qu’elle est à l’intérieur de la maison. C’est pour montrer qu’elle est en présence des gens étrangers à sa famille. Par contre, sa fille Maryam, est en pantalon jean et ne porte pas de foulard. Ce qui montre que, bien qu’elle soit issue d’une famille très marquée par le modèle de ses parents maghrébins, elle-même se démarque et ne se sent pas obligée de suivre ce modèle. Monsieur Madhani, comme la plupart  d’hommes de sa génération, garde sa moustache. C’est pour affirmer son autorité. Quand vient le moment de déjeuner, c’est l’homme qui demande à sa fille d’arrêter de filmer et de passer à table. Sans crier, il affirme son autorité. Car, souligne l’ethnologue, l’ « autorité n’est pas synonyme de dictature ou de tyrannie. C’est juste un marqueur de responsabilité ». L’autorité  incombe à une personne responsable d’un groupe. C’est la personne qui en dernier lieu prend une décision.

Si, chez les Madhani, c’est l’homme qui assume l’autorité, chez les Mozo, en Chine, c’est plutôt l’inverse. Ce sont les femmes qui décident pratiquement de tout. Les hommes passent leurs journées à ne rien faire et ne se rendent utiles que la nuit, semble t-il. Les hommes sont, à la limite, « paresseux » et leurs femmes les aiment comme tels. Aux journalistes qui leur demandent pourquoi il en est ainsi, elles répondent que « c’est notre culture, notre façon de vivre ». Mais au fond, cette « paresse » supposée des hommes s’explique par leur maladresse dans les tâches les plus importantes de la vie quotidienne chez les Mozo. Les femmes, s’étant révélées plus habiles, préfèrent donc prendre les choses en main pour l’intérêt de tous. Par cet exemple, l’ethnologue invite les élèves à dépasser les clichés et à chercher plutôt à comprendre les différences de culture et ce qu’elles peuvent signifier au-delà des apparences.

Léon KHAROMON

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Classé dans Sandrine Roudeix

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